Un mois de mai, de la terre battue, des panamas en tribune et un tournoi de tennis français. Bienvenue à l’Open Parc de Lyon et ses allures de Roland-Garros, toute proportion gardée, avec son climat festif et bon enfant. Au cœur du Parc de la Tête d’Or, sur un vélodrome où un court et des gradins ont été installé pour l’occasion, la grande finale 2019 a vu Benoît Paire remporter la troisième édition de cet ATP 250.

Pour succéder à Jo-Wilfried Tsonga, parrain du tournoi, et Dominic Thiem, Benoît Paire est opposé à la pépite Félix Auger-Aliassime, dix-huit ans, annoncé comme le plus jeune membre top 30 depuis vingt ans et Lleyton Hewitt. Ce dernier sort d’un bras de fer face à la tête de série numéro un Basilashvili (2-6 7-6 6-4) tandis que son adversaire arrive plus frais après une demie expédiée en une heure face à Fritz (6-4 6-2). À l’entrée sur le court, il serait délicat d’affirmer que le Français a les faveurs totales du public tant le tout jeune canadien amène un vent de fraîcheur et de sympathie sur et en dehors du court. Et puis le public lyonnais connaît bien ce dernier, c’est ici-même qu’il y a remporté deux de ses quatre Challengers (en 2017 et 2018).

D’entrée de jeu, un beau duel s’annonce. Un Benoît Paire solide en défense, vainqueur du premier point après un gros rallye, se procurait vite deux balles de break qu’Auger-Aliassime, très costaud sur son service, pouvait écarter. Le Français n’aura aucun mal à recoller, avec notamment une magnifique première amortie gagnante, sa marque de fabrique. Celui-ci domine clairement le jeu en fond de court tandis que son adversaire s’appuie avant tout sur son gros service. En revanche, lorsqu’il ne passe pas, Paire en profite comme sur cette double faute qui lui offre le break dans le troisième jeu. Le Canadien semble débordé, dépassé par l’événement (sa deuxième finale en carrière), et commet beaucoup trop de fautes. Tandis que le soleil s’installe enfin, il lève la tête de l’eau malgré le talent de son adversaire pour revenir à 3-2.

Mais Benoît Paire est décidément en grande forme cette semaine et trop fort pour un Felix Auger-Aliassime trop timoré. Le septième jeu de la manche sera comme souvent le plus accroché et il tournera à la faveur du Canadien à la faveur d’une montée en filet gagnante après avoir sauvé plusieurs balles de double break. C’est à ce moment que le public très jovial et conscient que le match était décidément lancé, offrait une première hola. Mais Paire ne laissait pas planer le doute et les nuages qui se sont rapidement dégagés du ciel lyonnais après deux passings de grande classe. Mieux sur sa mise en jeu, Auger-Aliassime poussait le Français à servir pour le gain du set qui, malgré quelques erreurs évitables, car trop pressé de finir cette première manche, remportait le set, évidemment sur une amortie gagnante (6-4).

On pensait alors le benjamin du tournoi piqué au vif et capable d’un sursaut d’orgueil mais c’est encore et toujours le local qui s’est montré intraitable sur la reprise pour breaker d’entrée de second set. Le public poussait et encourageait encore plus Félix Auger-Aliassime pour assister à un vrai duel auquel il semblait plutôt assister que participer. Il marquait alors son premier jeu blanc et restait en vie dans cette deuxième manche. Encore mieux, il se procurait et convertissait sa première balle de break après une heure de jeu. La manche était relancée à 2-2, la faute à un Paire moins appliqué. Son adversaire avait légèrement haussé le ton sans non plus atteindre des sommets dont il est capable de gravir. Mais dans cette partie bien décousue, le Français reprenait dans la foulée à nouveau le service de son adversaire. Les échanges se raccourcissaient alors et les fautes disparaissaient peu à peu.

Mené 4-2, le tout jeune canadien montrait un premier signe de fatigue avec ses deux mains posées sur ses hanches, et tentait lui aussi d’abréger les points. Sur un coup un peu chanceux, au filet, le public s’enflammait pour Auger-Aliassime, tout sourire, qui concluait son jeu de service dans la foulée d’un énième ace. Cette finale, parfois brillante, parfois brouillonne, semblait toucher à sa fin lorsque le néo 48e joueur mondial gagnait trop facilement son service pour se rapprocher à un jeu du titre. Manifestement émoussé, «FAA» gagnait au filet une étonnante partie de ping-pong pour le plus grand bonheur des deux hommes et de tout le public. Mais quelques échanges plus tard, Paire réussissait un sublime passing en bout de course pour s’offrir une balle de match qu’il convertissait (6-4 6-3). Le public pouvait se lever et applaudir le Français vainqueur de son deuxième tournoi de l’année, le deuxième sur terre battue, qui quant à lui pouvait prendre son fils dans les bras en attendant le trophée.

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