Les demi-finales du Masters 1000 de Miami ont mis en lumière le nouvel élan du tennis canadien. Ils ont tous les trois moins de vingt ans et incarnent pleinement la nouvelle génération du tennis : Felix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov chez les hommes, Bianca Andreescu chez les dames, progressent à une allure folle sur les traces de Milos Raonic et Eugénie Bouchard, eux-mêmes en perte de vitesse.

Deux poucets dans les pas du géant Raonic

Il n’a même pas 19 ans et donne pourtant aujourd’hui le tournis à tout le circuit. Félix Auger-Aliassime, bientôt 33e joueur mondial, connaît une progression fulgurante. 185e il y a un an et en dehors du top 100 il y a encore deux mois, le benjamin du tennis réalise prouesses sur prouesses. Ses derniers faits d’armes, les plus retentissants, ont évidemment eu lieu du côté de Miami. En Floride, la tornade Auger-Aliassime a fait beaucoup de dégâts parmi lesquels se trouvent Fucsovics (36e), Hurcacz (54e), une autre étoile montante, mais surtout Basilashvili (19e) et Coric (13e). En deux semaines, il sera passé de l’anonymat des qualifications jusqu’à sa première demi-finale en Masters 1000, cruellement perdue face à Isner (7-6 7-6 après avoir servi pour le set dans chaque manche), le tenant du titre local roi des jeux décisifs. Le Canadien est d’ailleurs le premier joueur nés dans les années 2000 à réaliser une telle performance.

Auparavant, il venait de battre son premier top 10 (Tsitsipas, 10e) à Indian Wells. Sa très jeune carrière se résume donc pour le moment à cette tournée américaine remarquable, sans oublier une finale à Rio en début d’année (ATP 500) mais aussi à une autre statistique assez impressionnante : il compte cinq victoires contre le top 20 en cinq rencontres ! Celui qui avait connu sa première victoire sur le circuit en Californie il y a tout juste un an, face à un compatriote (Pospisil) avant de tomber contre un autre Canadien (Raonic), a déjà intégré le tableau principal d’un tournoi du Grand Chelem : c’était lors du dernier US Open lorsqu’il était tombé au premier tour contre… Denis Shapovalov.

Ce dernier, d’un an l’aîné d’Auger-Aliassime, son ancien partenaire de double en junior (vainqueur d’un Grand Chelem), a lui commencé à sévir dès 2017. Mais il semble déjà loin le temps où « Shapo », jusqu’alors presque inconnu, faisait parler de lui en mal après avoir balancé involontairement une balle en pleine tête d’un arbitre en Coupe Davis. Quelques mois plus tard, le 143e mondial montrait enfin ses vraies qualités, réalisant une semaine de rêve à domicile en atteignant les demi-finales du Masters 1000 de Montréal (défaite contre Zverev) et écartant accessoirement Rafael Nadal. Lui aussi a ensuite connu une ascension vertigineuse et même s’il stagne dans le top 30 depuis dix mois, il reste le joueur de sa génération le mieux classé et de loin. Celui qui fêtera prochainement son vingtième anniversaire promet beaucoup pour l’avenir du tennis et du revers à une main.

Cette année, Shapovalov avait repris en douceur mais il a récemment sorti Cilic (11e) à Indian Wells et, à l’image de son cadet, vient de conclure un excellent Masters 1000 de Miami. Il y a battu entre autres Tsitsipas (10e) avant de se hisser jusqu’en demi-finale, pour y subir la loi de Federer (6-2 6-4). L’an passé, le nouveau 20e mondial – son meilleur classement – avait notamment joué sa deuxième demie en Masters 1000 à Madrid encore contre Zverev dans une saison, il faut bien le dire, assez monotone et sans autre coup d’éclat majeur.

Alors que la carrière de Milos Raonic (28 ans), bien que loin d’être terminée, a été dernièrement freiné par des blessures à répétition l’empêchant de rester constant au meilleur niveau, celles de Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov sont promises à un tel bel avenir. Le géant canadien reste 15e mondial mais n’a plus connu le top 10 depuis sa sortie au lendemain de Wimbledon 2017. Il n’a également plus intégré le dernier carré d’un Grand Chelem depuis sa finale à Londres un an plus tôt, même si sa toute récente demi-finale à Indian Wells ou sa victoire face à Zverev à Melbourne plus tôt dans l’année ont encore de quoi entretenir le rêve d’un trio canadien au top cette saison.

Andreescu, gérer l’après-Bouchard

Eugénie Bouchard n’a que 25 ans mais elle symbolise déjà le passé. Pourtant, à 20 ans, elle était promise à un avenir radieux. En 2014, elle enchaînait notamment des demi-finales à l’Open d’Australie et à Roland-Garros puis une finale à Wimbledon jusqu’à atteindre la cinquième place mondiale. Mais une succession de blessures et de contrecoups lui ont fait rapidement replonger dans les profondeurs du classement à tel point qu’elle n’a plus connu le top 50 depuis plus de deux ans. On peut ajouter que cela fait trois ans que Bouchard n’a plus disputé la moindre finale et que sur ses neuf derniers Grand Chelem, elle n’est jamais parvenu à franchir le troisième tour.

@ BNP Paribas Open

Tous les espoirs du tennis canadien féminin reposent donc aujourd’hui sur la toute jeune Bianca Andreescu (18 ans). Au-delà de la 200e place mondiale un an plus tôt, elle est aujourd’hui 23e joueuse mondiale. Une éclosion brutale grâce à son titre récent et étourdissant à Indian Wells, alors même qu’elle était classée 71e. Elle y a éliminé cinq têtes de série, et notamment Svitolina (6e) en demi-finale puis Kerber (8e) pour remporter à la surprise générale son deuxième titre en carrière. Quelques semaines plus tôt, la Canadienne avait gagné le tournoi de Newport, moins prestigieux, où elle avait atomisé sa compatriote Bouchard, comme pour annoncer une passation de pouvoir. C’est lors du premier tournoi de l’année, à Aukland, qu’elle avait plongé pour la première fois dans le grand bain du tennis féminin en y disputant sa première finale. Blessée à Miami, elle observera une période de repos avant que l’on puisse la revoir et voir si elle est capable de confirmer, pour prouver que son succès majuscule en Californie n’était pas qu’un coup d’éclat.

La carrière de Bianca Andreescu s’annonce assurément prometteuse mais la Canadienne reste très jeune et ne doit pas s’inspirer de son aînée Eugénie Bouchard, restée un an en haut de l’affiche avant de retomber aussi vite dans l’anonymat. Un célèbre adage est plus que jamais d’actualité pour appeler à la prudence quant à l’avenir de ces trois pépites canadiennes : le plus dur n’est pas d’atteindre les sommets, mais bel et bien d’y rester.

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