Malgré un US Open pour le moment satisfaisant, c’est un tennis français malade qui s’est aventuré à New York. Que se passe-t-il exactement depuis cet été et comment expliquer ces déboires successives sur et en dehors des courts ?

UN FIASCO OLYMPIQUE

La France misait beaucoup sur ses tennismans pour briller aux Jeux et ainsi rapporter plusieurs médailles, voire plusieurs titres.
Mais les Français ont tous été très décevants et le bilan est misérable : pas une médaille, pas une demi-finale que cela soit en simple ou double, chez les hommes comme chez les dames. À commencer par les doubles, les performances ont été catastrophiques avec quatre éliminations au premier sur quatre paires engagées. Ces déconvenues sont d’autant plus des désillusions qu’Herbert/Mahut étaient têtes de série n°1 et Mladenovic/Garcia têtes de série n°2, sans oublier les deux doubles mixtes, également têtes de séries 1 et 2…

Quatre médailles se sont donc envolées dès les premiers coups de raquettes, alors le simple n’a pas été plus convaincant.  Jo-Wilfried Tsonga avait une voie royale pour aller en demi-finale du fait des nombreuses absences et surprises, mais s’est arrêté dès le deuxième tour. Simon et Paire aussi sortis, il fallait se tourner vers Gaël Monfils qui s’est hissé jusqu’en quart de finale. Mais ce dernier s’est incliné à ce stade face à un adversaire certes mieux classé (Nishikori) mais qui a sauvé trois balles de matchs. Vous l’aurez compris, il fallait mieux fermer les yeux sur les courts pour trouver du bonheur bleu à Rio…

DOUBLE FAUTE POUR LA FFT

Malheureusement, l’attention est plus tournée en dehors des courts ces derniers temps. En cause, des décisions et déclarations qui tombent depuis le mois de juillet, alors que plusieurs grandes échéances approchent.
Remettons-nous dans le contexte. La paire Mladenovic/Garcia vient d’être éliminée à la surprise générale au premier tour du tournoi olympique de double. Dans la soirée, Kristina Mladenovic assassine sa fédération dans un Tweet : « Merci à notre FFT si incompétente pour nous avoir gâché ce moment de sport si important dans nos carrières respectives ». Il est vrai que la Fédération Française ne s’était pas renseignée sur les tenues à porter en double, ce qui a causé la colère des deux joueuses. Mais justifier une telle élimination par un problème mineur comme celui-ci, plutôt que de se pencher sur ses difficultés de jeu n’est pas de bon goût et reflète une certaine mauvaise foi, symptomatique de certains sportifs français aux Jeux. Dans une compétition comme les Jeux Olympiques, la frustration est immense mais cela n’excuse en aucun cas ce coup de gueule invraisemblable. La FFT a donc pris des mesures, mais le timing est à revoir quant à cette annonce. Les suspensions de Garcia et Mladenovic ont été officialisées ce dimanche 28 août, soit la veille du lancement de l’US Open… Une décision définitive sera rendue le 24 septembre, alors que les Bleues disputeront les 12 et 13 novembre la finale de la Fed Cup. Les absences des deux meilleures joueuses tricolores en simple et en double seraient probablement fatales à l’équipe de France.

L’autre dérapage concerne Benoît Paire, plus connu pour ses sautes d’humeurs et débordements que pour son tennis. Lui n’a pas respecté le règlement de vie et après plusieurs rappels à l’ordre a été exclu de la délégation française, sans plus de détails. Comme le double féminin, il est exclu provisoirement de l’équipe de France jusqu’au 24 de ce mois et le verdict final. Une fois encore, la décision est juste mais la Fédération a fait une erreur de départ en le sélectionnant pour les Jeux. En effet, le joueur a fait des déclarations douteuses quant à sa motivation pour les J.O. : « Ce n’est pas un objectif pour moi. Pour moi, la saison, le tennis, c’est le classement ATP. Là il n’y a pas de point. » Il a ensuite réagi presque positivement sur son exclusion : « Je garde mon avis pour moi, mais je suis très content de partir et d’aller à Cincinnati. À la Fédé, ils sont inexistants, donc ce n’est pas très grave. Qu’ils soient là ou pas, ça ne change rien ». Benoît Paire a finalement regretté ses propos, un peu trop tard. Lui et l’équipe de France, c’est désormais une histoire ancienne.

À QUAND UN GRAND CHELEM POUR UN FRANÇAIS ?

Les récents événements mettent en lumière l’évidence, la génération française actuelle est à la dérive. La France se cherche un vainqueur de Grand Chelem depuis Yannick Noah en 1983 et pendant une petite dizaine d’années, les Français ont cru en leurs quatre Mousquetaires (Gasquet, Monfils, Simon, Tsonga).
Cette « génération zéro », âgée de 30 et 31 ans, arrive à bout de souffle et décrocher un des quatre tournois majeurs relève désormais de l’exploit. Il y avait pourtant de la qualité et du potentiel chez ces jeunes joueurs prometteurs, à l’image d’un Jo-Wilfried Tsonga finaliste à l’US Open 2008. Depuis, pas une seule finale à se mettre sous la dent pour le tennis masculin tricolore. Mais avec Lucas Pouille, l’avenir s’annonce radieux. Classé 78e joueur mondial fin 2015, le voilà au 25e rang à seulement 22 ans. Ce dernier a atteint les quarts de finale à Wimbledon alors qu’il n’avait jamais gagné un match sur gazon avant le Grand Chelem londonien ! Appelé en équipe de France et demi-finaliste au Masters 1000 de Rome, le voilà promis à un grand futur, à commencer par un huitième de finale d’US Open à disputer ce dimanche face à Nadal. Confirmera-t-il  et deviendra-t-il le premier tricolore à remporter un Grand Chelem depuis le capitaine des Bleus, Yannick Noah ?

Chez les filles, la relève de Marion Bartoli, qui s’est arrêtée sur son coup d’éclat à Wimbledon 2013, est toujours attendue et il n’y a pas vraiment de quoi être optimiste. Depuis le dernier trophée du Grand Chelem remporté il y a trois ans, seule Mladenovic est parvenue à atteindre les quarts d’un tournoi majeur (US Open 2015), sur 13 éditions. En revanche, les françaises, d’habitude discrète sur le circuit féminin, arrivent toujours à se transcender en Fed Cup et disputeront une finale en novembre. Le double ne s’en sort pas trop mal puisque Garcia et Mladenovic ont déjà un Roland-Garros en poche et sont classées respectivement n°3 et 4 mondiales.

UNE FIN D’ANNÉE À NE PAS NÉGLIGER

Les trois prochains mois seront d’une importance capitale pour le tennis français : la Coupe Davis et la Fed Cup, ainsi que l’US Open peuvent remettre du baume au cœur au tennis français, ou au contraire l’enfoncer dans une grave crise.
Pour le moment, trois Français sont  qualifiés pour les huitièmes de finale de l’US Open. Mais la tâche se compliquera évidemment à ce niveau-là, on pourrait ne voir aucun français dans le dernier carré, comme la plupart du temps. En double, Herbert et Mahut défendent leur titre et avec ce statut de têtes de série n°1, sont favoris à leur propre succession. En ce qui concerne le tableau féminin, Caroline Garcia est la dernière tricolore engagée et nul doute que son épopée ne devrait pas se prolonger en seconde semaine. Mais elle aura toutes ses chances en compagnie de Mladenovic dans le double, puisque ces dernières sont têtes de séries n°1.

Si la FFT leur permet, les deux joueuses auront ensuite l’occasion de décrocher un titre avec l’équipe de France de Fed Cup à domicile le week-end des 12 et 13 novembre face à la République Tchèque, double tenante du titre. Ce trophée échappe à la France depuis 2003. Les hommes disputeront eux d’abord une demi-finale de Coupe Davis en Croatie du 16 au 18 septembre prochain, avant une éventuelle finale fin novembre. Que ce soit chez les femmes ou chez les hommes, les Bleus ont enfin l’occasion de faire parler d’eux sur leurs performances sportives et de se réconcilier avec l’opinion public. Cette fin d’année s’annonce chargée pour le tennis français qui peut aussi bien se relancer que couler. Premières réponses à Flushing Meadows dans les jours à venir…

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