Au cœur de tous les débats depuis son instauration et son utilisation régulière, l’arbitrage vidéo divise et nombreux sont ceux qui refusent cette aide au bon déroulement du jeu. Voici pourquoi la vidéo doit s’intégrer durablement au football. 

Il faudra de toute façon vous y habituer, l’arbitrage vidéo sera définitivement mis en place dès la prochaine saison de Ligue 1. Plus que de faire perdre quelques secondes ou minutes par match, elle permettra de limiter les polémiques aujourd’hui quasi quotidiennes liées à l’arbitrage. La vidéo fera ainsi baisser le nombre de « matchs volés », de « points perdus injustement » et équilibrera davantage les débats en championnat. L’Allemagne et l’Italie utilisent déjà cette technologie chaque semaine depuis cette saison avec plus ou moins de succès, mais celui-ci arrivera petit à petit à n’en pas douter.


Pour la justice et l’équité

Demandez aux Anglais s’ils auraient refusé un coup de pouce technologique en 1986 sur la main de Dieu de Maradona au Mondial ou en Afrique du Sud en 2010 avec ce tir de Lampard qui a terminé derrière la ligne de but allemande, un but injustement refusé qui précipita l’élimination des Three Lions. Il y a aussi ce qui appartient à l’histoire avec cette fameuse finale 1966 et ce but décisif de cette même Angleterre validé à tort ou à raison, nous n’aurons probablement jamais la réponse. Mais tout ceci fait parti du passé et en 2018, il n’est plus possible d’assister à d’aussi grosses erreurs arbitrales. L’erreur est évidemment humaine, peut aussi être technologique (avec par exemple les couacs de la goal-line technology) mais il doit exister des solutions pour éviter de tels scandales. Eviter que l’arbitre de surface et l’arbitre central, ensemble, ne voient pas ce ballon rentrer lors d’un OM – OL si décisif pour le titre en 2015. En bref, éviter qu’une faute d’arbitrage ne bouleverse l’histoire et fasse basculer un scénario, un match et une saison injustement.

Pour en finir avec les buts fantômes ou les penaltys scandaleux ou oubliés, la vidéo doit être démocratisée afin d’intervenir sur les actions déterminantes. La remontada aurait-elle notamment eu lieu si le corps arbitral avait pu s’aider de la vidéo dans ses décisions déterminantes dans les deux surfaces ? L’arbitrage vidéo ne réglera pas toutes les injustices, ne mettra pas fin aux polémiques et sera encore longtemps critiqué, cela fait partie du football. Mais on ne peut pas refuser de prendre quelques secondes, même si cela peut casser le rythme d’un match, pour prendre la bonne décision et ne pas laisser par exemple l’Irlande aux portes de la Coupe du Monde, éliminé sur une action de but où l’on voit très clairement une main contrôler le ballon.

@ AFP

Faire avancer l’arbitrage

Le but de la vidéo n’est pas de changer les règles du football mais d’évoluer dans le positif à l’image de la goal-line technology. Malgré son retrait de la Ligue 1, la faute à un mauvais choix de société (Goal Control au lieu de Hawk-Eye) elle fonctionne sans problème à l’étranger et semble aujourd’hui évidente dans un match de football. Il ne faut oublier que cette technologie a également connu une progression et que la mise en place de cette aide se fait petit à petit. L’arbitrage connaît encore de grosses lacunes et reste au cœur des débats d’après-match, et ce pas simplement pour évacuer colère ou la frustration, il est donc naturel d’en faire un chantier prioritaire au développement du football. Pour cela, mettre à disposition l’arbitrage vidéo ne suffit pas, il faut aussi former les arbitres à ce nouveau dispositif. On l’a vu à l’occasion de la Coupe des Confédérations en 2017, ce n’est pas instinctif et cela doit savoir se gérer correctement, en faire une utilisation régulière, pas abusive et surtout à bon escient.

Mais la compétition russe avait fait figure de cobaye et depuis, la vidéo semble davantage bien utilisé même si des interrogations peuvent encore se poser. Doit-on laisser jouer lorsque l’on a un gros doute avec le risque de devoir annuler un but ou faut-il siffler au moindre doute et potentiellement annihiler une occasion de but ? Peut-on laisser les joueurs ou l’entraîneur demander l’arbitrage vidéo à la manière du hawk-eye en tennis ou en volley ou seul l’arbitre central peut décider de son utilisation ? Des questions qui demandent des réponses claires de la part de la FIFA ce qui pourrait l’inciter à ne pas la mettre en place lors de la prochaine Coupe du Monde. Car l’arbitrage reste subjectif et l’interprétation diffère selon les arbitres. La vidéo va donc dans leur sens et ces derniers doivent s’offrir cette aide pour prendre le temps de la réflexion et ne pas agir en catastrophe, sous l’influence d’une équipe ou d’un public.

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Se montrer patient et indulgent

Nous ne sommes peut-être pas encore totalement prêt mais la phase expérimentale de la vidéo doit se poursuivre pour simplifier la vie sur le terrain et l’avis de tout le monde quant à l’arbitrage. Et ceux qui prônent le jeu à tout prix et qui défendent l’idée qu’une erreur arbitrale fait partie du jeu doivent tout de même comprendre que la vidéo sera utilisé simplement dans des situations bien particulières : en cas de penalty, carton rouge, but ou sur l’identité d’un joueur. Le jeu ne sera pas interrompu toutes les cinq minutes comme il peut l’être au rugby et seules les actions pouvant changer le cours d’une rencontre pourront être analysées afin de prendre la décision la plus juste sans casser sans cesse le rythme du match. La meilleure utilisation de l’arbitrage vidéo en France a eu lieu en janvier lors de Rennes-PSG en Coupe de la Ligue où l’arbitre s’est aidé trois fois de la vidéo pour prendre trois bonnes décisions : deux buts refusés à juste titre et un carton rouge sorti.

@ L’Equipe / R.Martin

La détresse d’un buteur ou d’un public célébrant un but ensuite annulé ou les quelques minutes perdues par match à visionner les images ont leur importance mais ne peut-on pas sacrifier ces deux éléments pour éviter un résultat faussé par des erreurs d’arbitrages ? Une fois de plus, cette innovation est encore en test et n’est pas encore sous sa forme définitive, il existera des moyens d’éviter des pertes de temps et de rythme inutiles et il faudra apprendre à célébrer ses buts autrement. Prenons l’exemple du tennis et de Roger Federer qui, après sa balle de match en finale de l’Open d’Australie 2017 a attendu de longues secondes la confirmation du Hawk-Eye avant d’exulter, une image qui a fait le tour du monde.


L’arbitrage vidéo, encore tout nouveau et en développement, n’empêchera en définitive jamais les contestations ou les scandales, car la cruauté et le sentiment de frustration feront toujours le charme de ce sport, mais il cherche à réduire les injustices. Il faut aussi se montrer patient car en plus de ne pas faire de miracle, cette nouveauté va prendre du temps à s’implanter naturellement au football mais elle n’en reste pas moins essentielle. La mettre en place dès la Coupe du Monde serait peut-être un peu tôt, arbitres et joueurs ne semblent pas encore prêt à composer avec cette nouvelle donnée. Il ne s’agit pas non plus de se précipiter et de se dégoûter de la vidéo comme l’a fait la Coupe des Confédérations où l’arbitrage vidéo fut un fiasco de A à Z. Mais après tout, que dira-t-on si notre équipe favorite est éliminée sur un penalty imaginaire dans les arrêts de jeu ?

Quoi qu’il en soit, le football était, est et doit rester un sport magnifiquement cruel, car dominer n’est pas gagner, mais ne se veut en théorie pas injuste, ce qui en pratique doit être corrigé par la vidéo.

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