Pour le grand retour de Yannick Noah en tant que capitaine de Coupe Davis, l’équipe de France n’a pas déçu face au Canada. Voici un bilan de ces trois jours festifs en Guadeloupe.

Des Bleus reçus cinq sur cinq

L’équipe de France n’a quasiment pas tremblé pour remporter ses cinq matchs. D’abord, Gael Monfils était opposé au modeste Dancevic, 245e joueur mondial, en l’absence de la tête d’affiche Milos Raonic. En Guadeloupe, Monfils était devant « son » public qui a pu constater la nette différence entre ces deux joueurs. Le Parisien n’a quasiment jamais été inquiété et s’est imposé sans problème 6-3 6-1 6-3. Monfils n’a pas été impressionnant mais a assuré la victoire, face à un adversaire en grande difficulté.
Ensuite, Gilles Simon défie Pospisil, classé 44e à l’ATP, qui lui a posé beaucoup de difficultés, surtout dans le premier set. Le Niçois manque totalement son entame de match et se retrouve mené 5-0 dans la première manche. Mais la grisaille passe, et le soleil arrive sur le vélodrome Amédée-Detraux. Gilles Simon remporte sept jeux d’affilée pour empocher le premier set 7-5 ! La suite sera plus tranquille, Pospisil est rapidement dépassé physiquement. Sans exceller, lui non plus, Simon remporte finalement les deux dernières manches 6-3.


Le double a très bien commencé avec un break d’entrée de jeu des Français mais les Canadiens vont immédiatement l’effacer en prenant le service de Tsonga. Les deux équipes vont ensuite tenir leur mise en jeu jusqu’au tie-break où les Bleus vont l’emporter grâce à une meilleure fraîcheur physique. Jo et Richard ont tout de même dû sauver quatre balles de set pour mener 1 set à 0 ! La deuxième manche est une formalité pour les Français et la troisième est la copie conforme du premier set où Jo conclura sur un ace. Yannick Noah et sa bande se sont donc qualifiés pour les quarts de finale de la Coupe Davis à l’issue de ce double.
Même si les Mousquetaires avaient leur qualification en poche, les deux derniers simples se sont disputés, pour le bonheur des spectateurs venus en masse. Le format est passé en deux manches gagnantes. Gasquet puis Tsonga revenaient sur le court le lendemain de leur double victorieux. Le premier nommé a d’abord écrasé son adversaire 6-1 avant de devoir disputer et gagner un jeu décisif. Jo a également joué un jeu décisif dans la première manche mais s’est incliné, en ayant eu une balle de set. Mais son adversaire, touché à l’épaule, n’a pas souhaité prendre de risques inutiles, et a donc déclaré forfait.

Un adversaire privé de ses meilleurs éléments

Quelques jours avant le début de ce premier tour, alors que le doute planait, le Canada a annoncé son groupe, sans sa vedette Milos Raonic. Le numéro treize mondial soigne actuellement une déchirure à l’adducteur. Le deuxième élément fort des Canadiens, le douzième joueur mondial de double, Daniel Nestor a lui aussi déclaré forfait. Le groupe était donc composé de Vasek Pospisil (44e), Frank Dancevic (245e), Filip Bester (274e) et Adil Shamasdin (77e en double). En face, Jo-Wilfried Tsonga (9e), Richard Gasquet (10e), Gael Monfils (17e) et Gilles Simon (19e) composaient l’équipe de France. Les deux nations ne jouaient pas dans la même cour, c’est donc logiquement que la France l’a largement emporté. Les Bleus ont même réussi à gagner les cinq matchs en ne lâchant qu’un petit set, ce qui en soit n’est pas un exploit. 

Pourtant, les Nord-Américains ont parfois montré de belles choses et ont crânement joué leur chance. Face à Monfils, Dancevic n’a pas fait le poids malgré quelques rares coups d’éclat. Pospisil a, lui, posé beaucoup de problèmes à Gilles Simon. Dans le premier set, le Canada a asphyxié le 19e joueur mondial jusqu’à mener 5-0 avant de craquer et voir son adversaire revenir en trombe. Le double canadien a difficilement été dompté par la paire Gasquet/Tsonga, qui est allé chercher deux sets au jeu décisif. Les visiteurs peuvent nourrir des regrets à l’issu de cette défaite 3-0. Dimanche, le protocole a été respecté et les deux derniers simples se sont joués « pour du beurre ».
Le scénario est resté le même, Gasquet a dominé Bester, qui a lui aussi montré une belle résidence dans le second set. Tsonga a, lui, perdu la première manche encore au jeu décisif face à Dancevic, qui a ensuite abandonné.

Un groupe soudé sous l’aile d’un capitaine expérimenté

En septembre dernier, Yannick Noah est officialisé comme capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis. Ce choix a fait l’unanimité auprès du public. Il faut dire que les Bleus n’ont pas gagné de Coupe Davis depuis 2001 et restent sur trois échecs en finale (résumé ici de la finale 2014). Les joueurs tricolores sont pourtant très bien classés et ont largement le niveau pour soulever le saladier d’argent. Yannick Noah semble donc être le bon choix par succéder à Arnaud Clément, lui qui était capitaine lors des sacres en 1991 et 1996. Il est surtout dans le cœur des Français pour être le dernier tricolore à avoir gagné Roland-Garros, en 1983. Comme il l’a annoncé, Noah a mis les choses au clair :«Il y avait des choses mal vécues par les joueurs et qui n’avaient pas été réglées. On a tout mis à plat, tout le monde a un peu vidé son sac.»

Depuis son arrivée en Guadeloupe, la France semble sereine et heureuse de jouer ensemble, ce qui est une nouveauté. Après avoir fait table rase sur le passé, le capitaine a mis en confiance ses troupes en se rapprochant des joueurs. En plus de son expérience, Noah a apporté aux Bleus son humour et sa joie de vivre. En témoigne cette phrase prononcée en conférence de presse : «Je me suis dit : « tiens je vais faire une grosse blague, je vais mettre les deux plus nuls de l’équipe. » Non, mais je déconne…». A la fin des matchs, il a même appris aux journalistes le nouveau cri de guerre des Mousquetaires : 

Trève de plaisanterie, l’équipe de France de Coupe Davis fera en juillet un premier vrai test sous l’ère Noah. Il faudra aller gagner en République Tchèque pour obtenir son ticket pour les demi-finales. Les Tchèques ont difficilement sorti les Allemands au premier tour sur le score de 3-2 mais ils comptent dans leur rang un certain Tomas Berdych, n°7 mondial. Les deux nations s’étaient affronté dans le dernier carré à Roland-Garros en 2014, et les Bleus n’avaient eu aucun mal à l’emporter 4-1. Rendez-vous du 15 au 17 juillet prochain.

Mission accomplie pour la Guadeloupe

L’outre-mer accueillait pour la première fois une rencontre de Coupe Davis. Sur différents aspects, la Guadeloupe a réussi ce pari fou que l’île s’était lancé.
Durant les trois jours de matchs, le vélodrome Amédée-Detraux a été quasiment toujours plein. Ainsi, les 6200 spectateurs, parmi lesquels quelques canadiens, ont fait beaucoup de bruit pour encourager leurs compatriotes. On est toutefois très loin des 25000 personnes venus au stade Pierre-Mauroy de Lille pour la finale 2014. Mais là aussi, il a été nécessaire de faire des travaux, uniquement pour l’événement, de rajouter des tribunes et d’installer un court au centre du vélodrome.

La seconde bonne nouvelle vient du ciel. Des fortes pluies étaient attendues pour ce week-end, mais il n’a plu que partiellement, ce qui n’a pas empêché le bon déroulement de cette rencontre. Et le soleil plombant guadeloupéen semble avoir beaucoup gêné les Canadiens, peu habitués à de telles chaleurs, ce qui a involontairement avantagé les Français. Ces derniers se sont parfaitement acclimaté en ayant atterri sur l’île dix jours avant le coup d’envoi de ce France-Canada. Le stage leur a donc permis de s’habituer à la météo, mais aussi de faire connaissance avec Yannick Noah et de découvrir le court en terre battue. Le succès français s’explique donc par une préparation optimale en Guadeloupe qui a réservé un bel accueil aux tennismans, tout particulièrement à l’un d’entre eux, Gael Monfils qui est originaire de là-bas. Si le public avait l’air conquis, il n’est néanmoins pas certain que la Guadeloupe accueillera prochainement d’autres rencontres de tennis. En effet, le projet initié par Yannick Noah a coûté près de 3,5 millions d’euros. Mais si les Bleus ont fait une belle publicité pour la région en brillant, la tenue de cette rencontre n’apportera pas de plus-value financière.

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