Il est l’homme qui a dormi chez Aymeric Laporte, Rudy Gobert, Umut Bozok, Dimitri Bascou ou Kentin Mahé pour sa chaîne Deux Nuits Avec. Entretien avec Florian Gautier, jeune youtubeur suivant des sportifs dans leur quotidien et en toute intimité.

Tu as sorti ton premier épisode de Deux Nuits Avec il y a tout juste deux ans. Peux-tu nous décrire brièvement ton parcours qui t’a mené jusqu’à YouTube ?

Je me suis passionné du journalisme en classe de troisième lorsque j’ai effectué un stage avec Karl Olive, ancien directeur des sports de Canal +. Il m’a ensuite donné des missions à faire, j’ai aussi créé deux sites internet : un que j’ai revendu et un autre dont je n’ai plus le temps de m’occuper. J’ai ensuite fait des études de journalisme post-bac dans une école à Tours pendant deux ans et j’ai donc un DUT en journalisme. Lorsque je suis sorti, j’ai été en stage durant un mois à l’AFP à Belgrade. J’ai toujours voulu être journaliste sportif et j’ai donc tenté le concours pour tenter de rentrer dans la maison AFP, que je pensais avoir totalement réussi alors que j’ai dû finir avant-dernier… À partir de ce moment-là, je n’avais plus rien à faire donc je me suis dit « vas-y, lance ton projet ».

Et pourquoi ce projet vidéo en particulier ? 

Je ne saurai pas dire quand, pourquoi et comment. Je n’étais pas familier avec l’outil de la vidéo. J’ai toujours eu l’idée de raconter l’histoire des sportifs de façon sympa, je n’aurai par exemple pas forcément aimé travailler sur l’actualité sportive. Je préfère être à froid, avoir le temps de parler plus précisément. Je n’avais pas le choix, la vidéo était le seul moyen et je me suis donc lancer comme ça. Après, j’ai choisi la GoPro pour filmer parce que cela fait vraiment vacances, les sportifs ne sont pas à frémir lorsque l’on pose le trépied et la caméra comme en interview officielle.

Comment s’est passé le premier tournage avec Kentin Mahé ?

Déjà, lui avait tout à perdre parce qu’il n’avait pas de modèle vu que je n’avais jamais fait de vidéo. Cela s’est joué donc sur la confiance, je l’avais contacté sur Facebook et il m’avais répondu que cela lui plaisait. J’étais clairement en pression, je pensais à tout ce que je ne devais pas louper. Je me suis donc mis une grosse pression mais j’avais vraiment hâte d’y aller et puis Kentin m’a mis à l’aise très facilement. Par exemple, il habitait à deux heures d’Hambourg où j’atterrissais mais il y a passé la journée pour ensuite venir me chercher à l’aéroport. C’était quelque chose de très sympa et même assez rare. On a donc eu deux heures de trajet pour discuter et à partir de ce moment, c’était parti !

Pourquoi s’inviter chez les sportifs et y rester quelques jours ?

Faire des interviews classiques ne m’aurait pas permis de me démarquer. Je voulais créer quelque chose qui permette de faire la différence ou en tout cas qui n’existe pas au niveau du journalisme sportif. C’était un pari car quand j’ai lancé cela, je l’avais proposé à Eurosport qui pensait que ça allait être impossible et qu’aucun sportif n’accepterait. Rester une seule nuit, cela aurait été trop court et je ne voulais pas rester une semaine non plus donc j’ai trouvé ce compromis assez intéressant.

« En deux ans sur YouTube, j’ai dû gagner six cents euros »

Comment fais-tu pour te financer ?

Je travaille à côté parce qu’évidemment je n’en vis pas du tout même si le but serait d’en vivre. J’ai choisi de me lancer les trois premières années tout seul, sans démarcher qui que ce soit, théoriquement il me reste donc encore un an. Je fais de l’intérim et j’ai aussi repris dans le journalisme où je fais des piges pour une agence de presse. Je vis encore chez mes parents donc j’ai la chance de ne pas avoir encore de loyer à payer. Je peux vraiment investir l’argent que je gagne dans la série. Je vais aussi regarder de plus près si je peux demander des subventions. En deux ans sur YouTube, j’ai dû gagner six cents euros. Et encore, je ne les touche pas car j’ai signé un contrat de développement avec France Télévisions Distribution. Ils m’ont donné une avance que je rembourserai avec la « YouTube money » une fois que celle-ci sera suffisante, ce qui n’est pas près d’être le cas.

Comment gères-tu les déplacements avec ton travail externe ?

Les épisodes se calent toujours au dernier moment et c’est très dur de prévoir pour le mois suivant. Je dois dire à l’agence de presse un mois avant comment je répartis mes jours de travail en essayant de laisser suffisamment d’espace entre pour partir tourner. Et puis je vois avec les sportifs quand ils sont disponibles pour moi tout en tenant compte aussi de mon emploi du temps. Je devais par exemple tourner un épisode en Serbie récemment qui ne s’est pas fait au dernier moment alors que j’avais pris mes billets, donc ça reste compliqué de trouver une date.

Que préfères-tu dans ce concept ?

Ce que j’aime beaucoup c’est échanger avec les sportifs. Pour le coup je reste vraiment 24 heures sur 24 avec eux pendant trois jours. Très souvent, ils ne côtoient que des gens du monde sportif et ont peu d’amis extérieurs donc quand on se voit on se raconte nos vies parce qu’il faut bien trouver des sujets de conversation. Quand je sors de là, je connais absolument toute la vie du sportif. Ce que j’apprécie vraiment, c’est ce lien que l’on crée même lorsque l’on parle hors caméra. J’échange toujours avec la majorité des sportifs rencontrés, par exemple j’appelle très souvent Mathias Coureur et je parle régulièrement sur Instagram avec Nicolas Benezet.

Comment prépares-tu spécifiquement tes voyages ?

Cela dépend où je vais. Par exemple, lorsque je suis allé au Kazakhstan, j’ai acheté des livres avant et même si ce n’est que pour moi, cela peut permettre d’expliquer notamment où l’on trouve. Quand je vais à l’étranger, je me documente parce que j’aime beaucoup ça, parce que ça peut toujours servir et pour ne pas paraître ignorant. Je travaille sur le sportif mais aussi tout ce qui l’entoure, d’où il vient, il faut que je connaisse tout. Dans l’épisode avec Gauthier Klauss et Matthieu Péché, ils m’ont par exemple demandé si je connais la différence entre le canoë et le kayak. Je ne savais pas qu’au canoë, ils sont à genoux et non pas assis et j’ai senti qu’ils m’ont m’appris cela en sous-entendant que c’était évident et que je n’avais pas assez bossé. À partir de ce moment, je n’ai plus eu le droit à des erreurs comme cela.

« L’épisode avec Geoffrey Jourdren a permis de changer les regards sur lui »

Après deux ans et 23 épisodes, t’arrive-t-il encore de stresser avant un tournage ? 

Au début, je ne me sentais vraiment pas bien, j’avais envie de vomir, maintenant plus du tout. Je ne stresse plus, maintenant lorsque je vais chez Rudy Gobert, je sais qu’il ne faut vraiment pas que je me loupe parce que c’est un gros épisode. Mais je n’ai plus cette pression parce que je commence vraiment à maîtriser ce concept. J’espère toujours qu’il n’y aura pas de problème de caméra et surtout de son comme sur le dernier épisode (avec Aurélien Chedjou), même si heureusement j’avais une deuxième GoPro sur moi. Les sportifs savent désormais ce que je fais, sont curieux et ont hâte de m’accueillir. C’est établi à présent donc il y a beaucoup moins de pression même s’il faut toujours s’en mettre pour éviter d’y aller en dilettante.

Qu’est ce qui t’a le plus marqué sur ces deux premières années ? 

Il y a déjà l’épisode avec Geoffrey Jourdren qui est pour moi la référence de ce que j’ai fait puisque cela a vraiment permis de changer les regards sur lui, c’est impressionnant notamment en voyant les commentaires sur YouTube. Le public et moi le premier ne savait pas qu’il était comme ça. Il refusait de parler à des médias et après l’épisode de Deux Nuits Avec, on a appris qu’il a accepté de refaire des médias grâce à l’épisode comme Le Vestiaire sur RMC Sport. C’est une des choses qui m’a le plus marqué parce que c’est ce pourquoi j’ai créé ce concept, à savoir être le plus honnête possible dans ce que je montre. Il y a aussi ce qu’on ne voit pas comme les sorties non-filmées avec les sportifs au cinéma, au bar, tout ce qui est off. Avec Kentin Mahé, j’ai voulu faire un format court et je regrette de ne pas avoir montré sa copine qui était vraiment adorable, il y a donc aussi les conjoints qui me reçoivent toujours bien, ce sont des très belles rencontres à chaque fois.

Tu as aujourd’hui 12.000 abonnés sur YouTube. Que te manque-t-il pour en avoir encore plus ? 

Si seulement je le savais… Le nombre de vues est très aléatoire. Je suis content d’avoir si peu d’abonnés mais un ratio de vues très correct, comme la vidéo avec Rudy Gobert qui est en déjà à 120.000 vues. J’en ai deux à plus de 100.000 vues (avec celle d’Aymeric Laporte) donc pour quelqu’un qui est en à 12.000 abonnés ce n’est pas mal. Pour en avoir plus et grimper encore, il faudrait mettre encore plus de vidéos ou avoir une tête d’affiche encore plus grande que Rudy Gobert, dans le football par exemple.

« J’ai une approche journalistique donc je me considère comme un journaliste sportif »

Penses-tu plutôt te définir comme un journaliste ou un youtubeur ?

C’est assez compliqué. J’espère avoir toujours ce côté journaliste, c’est de cette façon que j’aborde les épisodes et prépare les interviews. J’essaye le moins possible de poser des questions malaisantes, décalées ou qui n’aurait pas de sens avec le fil de l’épisode. J’ai donc une approche journalistique et je me considère comme un journaliste sportif. On parle de moi en youtubeur ce qui n’est pas non plus faux en soi mais je tiens à ce statut de journaliste. Je peux aussi me considérer parfois comme youtubeur car je me sens pas toujours légitime puisque je ne suis pas censé faire ami-ami avec les sportifs et créer un lien très proche qui fait que je ne pourrais pas les critiquer.

Dans ce sens, YouTube peut-il selon toi devenir une nouvelle plate-forme de spécialisation pour les journalistes ?

Je pense qu’il faudrait absolument réfléchir à ce statut. Par exemple, j’ai un jour fait une demande pour assister à un match en me présentant comme youtubeur et on m’a refusé l’accréditation en appuyant sur le fait que je ne suis pas journaliste. Cela m’a mis en colère mais je pense que cela évoluera forcément et il faut commencer à y réfléchir dès maintenant.

As-tu le journalisme traditionnel toujours en tête ou imagines-tu continuer longtemps sur YouTube

Avant de me lancer, je n’allais jamais sur YouTube, j’avais une culture YouTube catastrophique. Cela m’a surtout permis d’avoir une plate-forme simple pour mettre en ligne mes vidéos. Ce qui est sûr, c’est que je vais continuer et que je ne lâcherai pas. Je ne pense pas revenir à de l’écrit et même si j’aime bien écrire de temps en temps, je ne pense avoir le niveau. En plus j’adore présenter, créer et monter donc je pense continuer encore quelques années et après il y aura différentes possibilités, comme la radio. Je ne lâcherai pas Deux Nuits Avec mais si c’est à côté, avec grand plaisir, pourquoi pas aussi la télévision. Parler et présenter sont des choses qui m’intéressent vraiment donc cela va dépendre de ce que l’on me propose.

Pour finir, quels seront tes prochains tournages ? 

Je vais avoir beaucoup de partenaires à l’étranger. J’irai certainement chez Estelle Nze Minko, handballeuse de l’équipe de France qui évolue en Hongrie. Evidemment, avoir ensuite des gros noms seraient super pour décoller mais ce que j’adore par dessus tout c’est voyager pour y rencontrer des gars un peu inconnus. Enfin, tourner un épisode en anglais cela devrait aussi se faire parce que c’est un passage obligatoire. Si j’arrive à monter rapidement en abonnés, il va falloir s’y lancer.

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