Jusqu’où ira l’Ajax ?

Dans une semaine, l’Ajax Amsterdam disputera sa première demi-finale de Ligue des Champions depuis vingt-deux ans. Coup d’œil sur la révélation européenne de la saison, tombeuse du Real Madrid et de la Juventus Turin, avant son intense sprint final.

Un potentiel inouï

Dans une équipe de bambins où règne l’insouciance et le jeu tourné en permanence vers l’attaque, quelques expérimentés tiennent bon et accompagnent cet élan de fraîcheur. On retrouve ici Daley Blind (29 ans), de retour dans son club formateur après un passage à Manchester United où il avait remporté la Ligue Europa face à ce même Ajax. Le défenseur central polyvalent est revenu aguerri et, sans faire beaucoup de bruit, est aujourd’hui un pilier stable de son équipe. Au milieu de terrain, Lasse Schöne (32 ans) est précieux par son impact physique dans un jeu de transitions rapides et amène ainsi une stabilité lorsqu’il faut défendre sans oublier évidemment de jouer selon les principes de l’Ajax. Le Danois, au club depuis 2012, n’hésite donc pas à se projeter, à jouer très haut et se permet même de marquer. C’est lui qui a marqué d’un superbe coup franc direct le dernier but face au Real lors de la victoire explosive au Santiago-Bernabeu en quart (1-4).

D’ailleurs, l’homme de ce match est aussi un trentenaire. Dusan Tadic (30 ans), honnête joueur passé par Southampton, avait ce soir-là flambé et étonné toute la planète du ballon rond. Sa performance exceptionnelle, ponctuée par un but et deux passes décisives, lui a notamment valu un 10 sur 10 dans L’Equipe, un note très rare venue saluer le match de sa vie. À ces trois piliers de l’équipe, il faut ajouter des joueurs expérimentés recrutés pour pas cher qui ont amené un vrai plus tels Hakim Ziyech (26 ans), acheté 11 millions à Twente, ou Nicolas Tagliafico (27 ans), arrivé en provenance d’Argentine contre 4 millions d’euros.

Si ces éléments forts solidifient et fortifient une équipe désinvolte, que serait l’Ajax sans ses jeunes pépites ? À commencer par Frenkie De Jong (21 ans), sans doute la révélation de l’année. Il ne dispute que sa deuxième saison pleine mais ses débuts en Ligue des Champions et en équipe nationale (7 sélections) sont tellement convaincants et prometteurs que le Barça s’est jeté dessus cet hiver pour un montant de 75 millions d’euros. Le milieu défensif, qui incarne pleinement l’avenir du football néerlandais et mondial, pourrait bien être accompagné cet été en Catalogne par son coéquipier Matthijs De Ligt. Lui est tout aussi talentueux mais encore plus précoce (19 ans) et expérimenté (110 matchs en pro). Le défenseur central a déjà une âme de patron, en témoigne son brassard de capitaine que l’enfant du club porte systématiquement cette saison.

Parmi les nombreux autres joueurs d’avenir de l’Ajax, il y a aussi Donny van de Beek (22 ans). Le milieu offensif est aussi formé au club et son jeu s’intègre parfaitement à l’état d’esprit de cette équipe. Il court sans compter et n’hésite pas non plus à jouer comme un attaquant, son but au Juventus Stadium en est la preuve parfaite. Venu tout droit du Brésil, David Neres (22 ans) est quant à lui un formidable ailier brésilien qui s’est adapté à la philosophie amstellodamoise. Il a pris part aux dix matchs de phase finale et a marqué aux meilleurs moments, consécutivement en huitièmes et en quarts. Parmi toutes les pépites plus ou moins encore découvertes, il faut aussi citer le gardien de but André Onana (23 ans), grand artisan du parcours exceptionnel de son club. Après un passage au Barça, il a terminé sa formation et effectué ses débuts à l’Ajax jusqu’à devenir une des figures d’avenir de son poste. Acheté moins d’un million d’euros, il en vaudrait aujourd’hui 35. Encore une énorme plus-value à venir mais surtout un énième talent décelé et façonné par l’Ajax, comme le sont également Mazraoui et Dolberg (21 ans tous les deux).

Un état d’esprit unique

La présence de l’Ajax Amsterdam en demi-finale de Ligue des Champions doit ravir tous les amoureux du football. Les nostalgiques contemplent cette équipe en se remémorant l’époque de Johan Cruyff et du football total alors que les plus jeunes découvrent et admirent ce style spectaculaire et sans calcul. Ce football où la polyvalence et la prise de risque sont primordiaux est dans l’ADN du club et du football néerlandais, dominateur européen des années 1970 et popularisé par son illustre numéro 14 décédé en 2016. Mais il existe aujourd’hui aussi grâce au travail d’Erik ten Hag. Arrivé en cours d’année la saison dernière en provenance d’Utrecht, l’entraîneur de l’Ajax avait auparavant dirigé l’équipe réserve du Bayern Munich. Il aurait pu retrouver Pep Guardiola en demie si celui-ci n’avait pas chuté face à Tottenham mais connaît en tout cas le très haut niveau européen pour la première fois comme la plupart de ses joueurs.

Il a parfaitement construit son équipe à l’aide notamment du travail exceptionnel de sa formation, entre pépites, tauliers et expérimentés. En fin de contrat l’an prochain, nul doute que la cote de ten Hag s’est envolée ces dernières semaines à tel point qu’il pourrait bien être sollicité par des clubs encore plus prestigieux. Mais avant les rumeurs et négociations, lui et ses joueurs ont deux matchs au minimum pour se montrer à nouveau au monde entier et prouver que même sans sortir des dizaines de millions chaque été ou sans faire partie d’un championnat cinq étoiles, tous les rêves sont permis. Il suffit d’une rigueur tactique infaillible et d’une solidarité sans relâche pour, ensemble, croire en l’impossible.

Une fin de saison exaltante

Mardi prochain, l’Ajax Amsterdam joue donc une partie de son histoire mais d’ici la fin de saison, les objectifs sont nombreux. La perspective de disputer une finale de Ligue des Champions, inimaginable en début d’année, est évidemment dans toutes les têtes mais les Néerlandais ne doivent pas oublier qu’ils ont deux titres supplémentaires à portée de bras.

À trois journées de la fin de son championnat, l’Ajax est toujours en course pour remporter l’Eredivisie pour la première fois depuis cinq ans. Les Amstellodamois sont pour le moment à égalité avec l’autre ogre du championnat, le PSV Eidhoven. De quoi offrir un suspense haletant aux supporters en plus de les faire rêver avec la coupe aux grandes oreilles. L’Ajax joue ce soir face à Vitesse Arnhem (6e) avant d’aller défier le FC Utrecht (7e). Pour finir, il aura un déplacement abordable face à De Graafschap (17e). À noter que cette avant-dernière journée a généreusement été décalée après les demi-finales de Ligue des Champions, offrant ainsi à l’Ajax une semaine précieuse et complète de préparation avant cette échéance alors que Tottenham jouera ce week-end en championnat, trois jours avant la C1. Entre les deux manches de Ligue des Champions, l’Ajax aura aussi l’occasion de remporter un premier trophée. Il ira à Rotterdam disputer la finale de la coupe des Pays-Bas face à Willem II, club formateur de Frenkie De Jong, qu’il n’a pas gagné depuis neuf ans.

Pour la première fois, il partira favori de son rendez-vous européen. Après un parcours du combattant, trois tours préliminaires et aucune défaites dans la poule du Bayern (3 victoires, 3 nuls), l’Ajax a secoué le monde du football et terrassé le Real Madrid puis la Juventus, favorite à la victoire finale, qui était pourtant prévenue. Et si le Real jouait la tête à l’envers avant d’exploser en mille morceaux, les Bianconeri n’avaient ni l’excuse de la méforme, ni celle de l’inconnue. Ce deuxième exploit fait donc de l’Ajax le favori de cette confrontation même si Tottenham avait facilement disposé de Dortmund avant d’éliminer le grand Manchester City après plus de 180 minutes haletantes. Si les Néerlandais parvenaient à rejoindre la finale – une première depuis 1996 – ils auraient quoi qu’il arrive un rôle d’outsider face au FC Barcelone ou à Liverpool. Une chose est sûre, si l’autre demi-finale est la plus reluisante sur le papier, il ne faudrait absolument pas manquer ce duel étonnant entre l’Ajax et Tottenham qui promet une fois encore beaucoup de football et peu de calcul.

Un avenir dans le flou

L’occasion d’écrire son histoire est d’autant plus grande pour l’Ajax qu’elle pourrait ne pas se reproduire avant un long moment. La campagne européenne de l’Ajax aura mis en avant des talents et des promesses qui ne devraient pas rester longtemps en Eredivisie. Le club avec son budget estimé entre 75 et 85 millions d’euros aura du mal à retenir les De Ligt, van de Beek, Ziyech, Onana, Neres ou Tagliafico alors que De Jong a d’ores et déjà signé avec le Barça, qu’il pourrait bien croiser en finale. Alors que la valeur de la plupart de son équipe a explosé, l’Ajax va connaître un mercato agité et son équipe pourrait bien être dépouillée. Avant ce grand chamboulement et un énorme bénéfice attendu, il reste trois matchs au club pour s’offrir une cinquième Ligue des Champions au nez et à la barbe des gros investisseurs. C’est en tout cas l’année ou jamais pour prouver que dans ce football business, l’insouciance et la folie collective peuvent encore primer sur les paillettes et continuer à faire rêver des millions d’amoureux du ballon rond.

 

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