Un an après les arrivées fracassantes de Neymar et de Kylian Mbappé dans la capitale, le Paris Saint-Germain s’est montré bien plus raisonnable cet été. Quels enseignements faut-il tirer du mercato parisien ?

Arrivées : Une recrue phare et trois interrogations

La première arrivée de l’été est celle qui a fait le plus de bruit. Et pour cause, il s’agit du légendaire gardien Gianluigi Buffon. Libre depuis sa fin de contrat avec la Juventus, il y aura joué dix-sept saisons et remporté neuf scudetti, quatre coupes d’Italie et disputé trois finales de Ligue des Champions, sans compter son titre de champion du monde en 2006. L’icône du football italien a donc préféré remettre les gants encore quelques temps, là où il espère remporter enfin la Ligue des Champions, plutôt que d’arrêter sur un échec, celui de la non-qualification de la Squadra Azzurra pour la Coupe du Monde. Ça tombe bien, le PSG cherche aussi désespérément à remporter la coupe aux grandes oreilles.

Il apportera à n’en pas douter toute son expérience au PSG et sa soif de vaincre malgré son âge alors qu’il partagera cette fois les buts avec Alphonse Areola. Le champion du monde français prendra part aux trois premiers matchs de C1 – Buffon étant suspendu – et devrait partager les buts avec l’Italien sur les autres compétitions. Cela permettra à « Gigi » de conserver un temps de jeu régulier tout en limitant les risques de blessure ou de méforme à 40 ans. Pour Areola, ce concurrent lui sera d’une aide capitale dans les entraînements et dans le vestiaire grâce à son immense expérience même s’il pourrait aussi faire du Français un simple intérimaire.

Le PSG se cherchait un quatrième défenseur central pur et l’a trouvé en la personne de Thilo Kehrer. Grand espoir du football allemand (il a d’ailleurs été appelé pour la première fois avec la Mannchaft pour les matchs de septembre), l’ancien joueur de Schalke découvre à 21 ans l’étranger. Malgré une première délicate face à Angers, ponctuée d’un carton jaune, d’un penalty concédé et d’un remplacement à la mi-temps, son renfort est une excellente nouvelle pour le club parisien. Ce dernier croit fort en lui et a déboursé pas moins de 37 millions d’euros pour s’attacher les services du joueur allemand.

@ Reuters

Adepte d’un système avec trois défenseurs centraux, le nouvel entraîneur Tuchel doit voir l’arrivée de la jeune pépite d’un très bon œil. Au-delà de ses qualités prometteuses, Kehrer arrive surtout comme ce central essentiel pour remplacer Thiago Silva, Marquinhos et Presnel Kimpembe en cas de pépin ou tout simplement pour faire souffler les trois axiaux. Bien que polyvalent et capable d’évoluer à peu près partout, il était utilisé avec Schalke surtout comme défenseur central ou latéral droit. A Paris, il devrait se cantonner pour sa première saison à un rôle de doublure dans l’axe, le côté droit étant déjà bien occupé par Thomas Meunier et Dani Alves, en phase de reprise.

Arrivé le dernier jour du mercato, Juan Bernat devrait quant à lui trouver une place de titulaire assez rapidement. Même s’il fait office de pari et que sa dernière saison peuvent entretenir le flou quant à son niveau (seulement douze matchs disputés toutes compétitions confondues), l’ex-bavarois s’avance comme le latéral gauche type de l’équipe, pour pallier l’état de forme inconnu de Layvin Kurzawa et surtout le départ de Yuri Berchiche. Seulement une petite quinzaine de millions d’euros auront suffi pour s’octroyer les services de l’Espagnol de 25 ans qui a aussi connu quelques pépins physiques la saison passée. Il n’entrait plus dans les plans d’Heynckes et souffrait de la concurrence avec David Alaba, reste à savoir s’il assez de fraîcheur physique pour entrer directement dans le onze parisien. Face à cette période d’adaptation, le titi Stanley Nsoki pourrait bien continuer son intérim côté gauche qui se déroule pour l’instant plutôt très bien. Au point de devenir un concurrent crédible à Juan Bernat ?

La dernière recrue parisienne à vraiment de quoi étonner. Et pas forcément dans le bon sens du terme. Mais qu’est-il passé par la tête des dirigeants pour recruter l’attaquant de Stoke City Eric Maxim Choupo-Moting ? Thomas Tuchel est sûrement derrière ce transfert puisqu’il a entraîné le Camerounais à l’époque où les deux hommes étaient à Mayence. S’il doit être conscient de la qualité réelle du joueur, ce n’est pas ce qu’il montre sur le terrain ces dernières années qui a de quoi rassurer les supporters parisiens.

@ Icon Sport

À 29 ans et après un passage très délicat à Schalke et complètement raté à Stoke City, il est très difficile de l’imaginer évoluer aux côtés des Neymar, Mbappé et Cavani. D’autant plus que Timothy Weah était déjà la doublure de Cavani en poste de numéro 9 et que le temps de jeu de l’Américain était déjà très réduit avec l’équipe première. En ce qui concerne Choupo-Moting, il devrait se cantonner à certains matchs de coupe voire de championnat mais même l’absence d’un des trois devant ne lui assurerait pas de jouer les grands matchs. À voir si les doutes sur ce joueur de seconde zone se confirment où si Tuchel vient de réaliser un coup de génie.

Départs : l’heure de dégraisser et regretter 

Paris a plus vendu qu’il a acheté cet été et c’est assez rare pour être souligné. Si certains choix s’avèrent logique du point de vue sportif où beaucoup s’en vont à la recherche de temps de jeu, d’autres départs peuvent laisser des regrets dans la capitale.

À commencer par Javier Pastore qui n’aura pas pu exprimer la totalité de son talent pendant son passage mais qui restera toutefois dans les mémoires des supporters. Après huit saisons au sein du club de la capitale, le créatif argentin, trop peu utilisé ces trois dernières années, est reparti en Italie du côté de l’AS Rome contre 20 millions d’euros où il a déjà eu le temps de montrer toute sa classe, en marquant un but d’une talonnade sublime.

@ LaPresse

Son compatriote Giovani Lo Celso n’a pas définitivement quitté le club mais a été prêté avec option d’achat du côté du Betis Séville malgré une première saison convaincante et un potentiel à exploiter. Autre départ regrettable, celui de Thiago Motta. À 36 ans, le milieu a arrêté sa carrière à l’issue de la saison dernière. Et même s’il reste au PSG en tant qu’entraîneur des U19, il n’a pas été remplacé dans l’effectif. Le questionnement autour du poste de sentinelle n’est donc toujours réglé, à moins que Rabiot n’accepte d’y jouer ou que la composition de Tuchel ne compte tout simplement pas de sentinelle, comme dans son 3-5-2 préférentiel.

Pour d’autres joueurs, le PSG a misé sur l’aspect financier pour décider de leur départ. Yuri Berchiche, titulaire une grande partie de la saison côté gauche ne sera par exemple resté qu’un an à Paris. Les 24 millions proposés par l’Athletic Bilbao n’ont pas dû faire hésiter les dirigeants qui ont acceptés l’offre pour se séparer de ce joueur de 28 ans au rendement encore trop moyen pour un club de cette dimension. Même constat pour Guedes, qui est retourné à Valence où il était prêté cette saison. Il n’aura disputé que treize rencontres avec le Paris Saint-Germain et a tout de même été vendu 40 millions d’euros ! Ce beau pactole a enfin été complété par les ventes d’Edouard au Celtic Glasgow, de Bahebeck à Utrecht et d’Ikoné au LOSC, des espoirs français prêtés ces dernières saisons.

Outre la fin de contrat de Ben Arfa, qui verra enfin le bout du tunnel après plus d’un an sans jouer, le mercato parisien s’est achevé dans le sens des départs par plusieurs prêts. Krychowiak, en difficulté lorsqu’il évoluait sous le maillot parisien, a été prêté une deuxième saison de suite. Direction cette fois le Lokomotiv Moscou pour une transaction payante et avec option d’achat. Enfin, l’arrivée de Buffon a forcément chamboulé le poste de gardien au PSG. Kevin Trapp, devenu numéro trois derrière l’Italien et Areola, est retourné pour une saison à l’Eintracht Francfort où il avait évolué de 2012 à 2015. Et Descamps, qui aurait été quatrième gardien, a aussi préféré partir en prêt à la recherche de temps de jeu du côté de la Ligue 2 et Clermont.

Un entraîneur qui change tout 

Le mercato a beaucoup concerné les entraîneurs cet été et le Paris Saint-Germain a été acteur dans ce marché si particulier. Unai Emery a quitté le club aussitôt la saison achevée et s’est retrouvé en quelques jours promu sur le banc d’Arsenal pour entamer l’après-Wenger. Ce départ pressenti a poussé le club à rechercher et trouver un coach avant même le début du mercato des joueurs. Thomas Tuchel a ainsi été officialisé tôt, ce qui lui a permis de côtoyer rapidement les joueurs non-mondialistes et réfléchir en trois mois à ce que serait son équipe pour 2018-2019. L’Allemand a aussi pu peser dans le mercato comme pour les arrivées de Kehrer et Choupo-Moting (voir par ailleurs).

@ Getty Images

Si son objectif majeur reste évidemment la victoire en Ligue des Champions, ou au moins dans un premier temps de progresser et passer les quarts, Thomas Tuchel a été choisi pour tout changer ou presque sur et en dehors des terrains. La patte Tuchel, c’est d’abord ce 3-5-2 aussi si rare dans le football moderne de très haut niveau. Mais avec ses trois attaquants de feu devant, il utilisera aussi le 4-3-3 comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises et aussi le 3-4-3 plus méconnu qui permet aussi de jouer à onze joueurs. Quoi qu’il arrive, il sait innover, s’adapter à l’adversaire et changer de dispositif en cours de match selon la situation d’où l’importance d’avoir des joueurs polyvalents sur toutes les lignes.

Le Tuchel des vestiaires a lui une réputation d’être carré et ultra exigeant ce que ne l’était peut-être pas forcément son prédécesseur. Pour lui, la nouveauté sera de gérer un club aussi ambitieux avec des joueurs aussi médiatisés. Son caractère presque sévère devra s’adapter à tous les ego du vestiaire qui ont pour certains encore évolué depuis la Coupe du Monde. Pour le moment, le coach se montre plutôt à l’aise et même complice avec ses stars. Mais pour le moment, tout se passe bien et il n’y a pas la moindre ombre d’inquiétude dans le quotidien encore tranquille des champions de France en titre.

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