Ouf, on peut mourir tranquille.

Échec et mat. Que tout le monde se rassure, il ne s’agit pas de parler de ce jeu de plateau, même si les Bleus ont mis en échec le damier croate et l’a maté à l’aide d’une stratégie très opportuniste mais gagnante. Il ne s’agit pas de football non plus. Il ne s’agit en fait pas d’un simple jeu ou d’un simple sport.

N’en déplaise aux puristes, il ne s’agit pas de débattre du 4-2-3-1 si performant, ni des déséquilibres assumés dans les couloirs et donc du repositionnement osé de Blaise Matuidi, ni du buteur cherchant encore le cadre, Olivier Giroud pour ne pas le citer, ni d’un milieu de terrain quasiment plus perfectible, ni du travail défensif complété par l’apport offensif des latéraux, ni du coaching toujours gagnant du sélectionneur. Mais juste d’une équipe qui gagne et d’une nation qui sourit.

Ce 15 juillet 2018 et un peu notre 12 juillet 1998 à nous, nous qui n’avions pas connu la première allégresse d’un pays que rien ne pouvait effrayer à l’époque. Pour les autres, ils ont donc connu deux époques et surtout assisté de près à la couture de deux étoiles sur un maillot jusqu’ici assez terne. Le coq qui se noyait dans un océan de bleu ne sera plus jamais seul. Mieux encore, il vient de trouver une deuxième partenaire. Cette deuxième étoile constituée d’un peu de Kanté, Varane, Mbappé, Griezmann mais surtout de beaucoup de Deschamps. Lui-même avait déjà été un grand artisan de la première couture, alors qu’il n’était qu’enfant, bien aidé par la main d’oeuvre délicate des Zidane, Thuram, Barthez ou Lizarazu.

Bref, revenons à nos moutons. Ou plutôt nos lions, nos Bleus, nos champions. Quoiqu’il en soit, rien ne sera plus jamais pareil mi-juillet. Et il est enfin temps d’utiliser cette expression pour se souvenir du bonheur et de l’union qui ont nourri ces étés historiques. On ne pourra pas les oublier et après leur passage rien ne sera plus jamais pareil. On ne pourra plus traverser cette période festive comme si de rien n’était. En quatre jours, il faudra fêter nos deux étoiles sans oublier notre 14 juillet, et même si ce n’est pas du football, rien n’empêchera de sortir encore les drapeaux, fumigènes et feux d’artifice.

Bref, revenons au football. Non d’ailleurs, revenons à cette fraternité qui a frappé tous ces Français dotés d’un cœur – mais pas forcément d’une passion invertébré pour le ballon rond – ce 15 juillet. Cette soirée, nuit, ou après-midi, peu importe, a gravé au fer bleu, blanc et rouge les esprits de tous. Chacun pourra raconter à ses enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants pour les plus chanceux qu’il était là. Là pour voir la naissance de la petite deuxième, en espérant que ce ne soit pas la dernière. En espérant qu’il n’y ait plus de fausse couche malheureuse comme en 2006. Peu importe où chacun était, il se souviendra de ce lendemain de fête nationale qui s’est transformé en un gigantesque bonheur national. Et comme par hasard, les Français ont célébré ensemble, comme vingt-trois autres qui ont gagné ensemble le titre de leur vie en Russie. Ensemble, la France semble effectivement invincible et inébranlable, sur le rectangle vert comme dans les rues.

Ce n’est pas que le triomphe des gamins Mbappé, Pavard ou Hernandez, des sages Lloris, Kanté, Varane ou Giroud, des dissipés Kimpembe, Mendy, Rami ou Pogba, d’un staff irréprochable et pourtant dans l’ombre de ces pépites, c’est surtout le triomphe de la fraternité. Comme le disaient avec moins de retenue les croates et nos amis belges, oui encore nos amis malgré tout, le jeu n’a peut-être pas gagné. Mais le vivre ensemble et la joie de vivre si. Dans un groupe de toutes les couleurs unis par le drapeau et la langue, ce que certaines nations doivent nous envier, qui n’a pas ou peu de points faibles, chacun méritait sa Coupe du Monde. Et tout le monde l’a eu. Du titulaire indiscutable au remplaçant déjà heureux d’être là, chacun a kiffé, en dehors ou sur les terrains. En fait, ce n’est pas la victoire du beau jeu, c’est la victoire du kiff.

Alors même s’il faut retrouver la raison, transformer les hurlements en mots et admettre que les joyeux attroupements d’hier deviennent aujourd’hui de jolis maux, notre âme d’enfant gardera des étoiles dans les yeux, tant pis pour les analyses technico-tactiques. Les étoiles dans les yeux, on en a désormais deux et on peut souhaiter à notre descendance un ciel encore plus étoilé. La France ne sera pas tout de suite le Brésil, mais elle vient d’avoir un petit qu’on pourra chouchouter pendant quatre ans en attendant de le voir grandir ou de lui faire un petit frère.

Bleus de monde, les Champs-Elysées devenaient alors fous en attendant les héros. Ils viendront juste passer une tête, pour le plus grand désespoir de certains qui auront attendu jusqu’à la nuit ces nouvelles icônes, avant de se séparer. Mais en fait ils seront à jamais inséparables. Leur destin sera lié jusqu’à leur dernier souffle. Comme pour les hommes de 1998 et comme pour les vingt-trois prochains footballeurs qui feront en sorte que toute la France se kiffe à nouveau, plus rien ne sera jamais pareil pour eux. Partout où ils passeront leur bonne étoile veillera sur eux. Partout où nous irons ce 15 juillet 2018 occupera une trace indéniable, certes plus ou moins importante, dans notre âme. Pour l’éternité.

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