Vainqueur impressionnant de ses onzièmes tournois de Monte-Carlo et de Barcelone, Rafael Nadal reste sur une série non moins hallucinante de 46 sets gagnés de suite sur terre battue. Alors que se profilent les Masters 1000 de Madrid et Rome avant Roland-Garros, qui peut bien créer l’exploit de le renverser sur sa surface fétiche ? 

Dominic Thiem en habitué

Invaincu cette saison sur sa surface de prédilection, Nadal n’avait connu qu’une défaite l’an passé sur ocre et c’était face à l’Autrichien qui l’avait sorti en quarts de finale à Rome en deux petits sets. Le septième mondial, qui fait parti de ces joueurs hors Big Four capable de remporter un Grand Chelem prochainement, s’annonce comme une des menaces principales, s’il doit en exister, de l’Espagnol sur terre battue. Il fait aussi parti des rares joueurs (encore cinq en activité) à avoir déjà fait tomber l’actuel numéro un mondial plus d’une fois sur cette surface puisqu’il s’était déjà imposé sur le fil en demi-finale du tournoi 2016 de Buenos Aires, certes seulement classé en ATP 250. Cette saison, Thiem s’est d’ailleurs imposé dans la capitale argentine pour son seul succès d’une année qui reste pour le moment en demi-teinte. Il reste justement sur une cinglante défaite face à Nadal, qui ne lui a laissé que deux jeux en quart de finale à Monte-Carlo, et un net revers plus surprenant face au futur finaliste Tsitsipas (19 ans et 63e) à Barcelone. Mais Dominic Thiem est à l’aise sur terre battue, en démontre ces deux demi-finales de rang à Roland-Garros, même s’il n’a pas fait le poids dans la dernière face à Nadal. Ce dernier doit tout de même se méfier de l’Autrichien de 24 ans capable de renverser des montagnes sur un match.

Alexander Zverev, la jeunesse et l’inconnue

Le symbole de la Next Gen, la future génération du tennis mondial, c’est peut-être bien lui. Mais à 21 ans, le cadet des frères Zverev est déjà l’un des cadors du circuit principal de part son classement. Numéro trois mondial, il a récemment disputé et perdu une finale accrochée à Miami face à Isner avant d’atteindre les demi-finales de Monte-Carlo, preuve qu’il aime aussi la terre battue. Entre temps, Nadal ne lui avait pas de cadeau en Coupe Davis en lui collant un sévère trois sets à zéro. L’Allemand a récemment fait l’impasse sur Barcelone pour mieux préparer Munich où il est le tenant du titre. Il a l’occasion de montrer à domicile toute la menace qu’il représente pour Rafa sur terre battue.

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S’il n’a jamais brillé en Grand Chelem (aucun huitième de finale disputé), il est plus en réussite sur les Masters 1000 avec deux succès l’an dernier et notamment un sur l’ocre romain. Alors pourquoi pas le voir titiller le numéro un mondial à Madrid ou à Rome ? En dehors de cet affrontement en Coupe Davis, les deux ne se sont joués que trois fois pour trois victoires du Majorquain mais comment comparer ce Zverev à celui classé 20e qui avait encaissé 6-1 6-1 l’an passé sur la côte d’azur ? En pleine ascension, il est encore difficile de savoir ce que peut nous réserver Alexander Zverev, depuis peu dans le haut du circuit mondial mais déjà très menaçant.

David Goffin, l’air de rien

Il vient d’essuyer un presque banal 6-4 6-0 de la part de Rafael Nadal à Barcelone. Pourtant, David Goffin est bel et bien une menace pour le meilleur joueur actuel. Premièrement, parce qu’il l’a déjà battu, même si c’était une rencontre sur dur, très serrée et que son adversaire n’était pas à 100% (au Masters en novembre dernier). Ensuite, parce que le Belge a les armes pour briller sur terre comme à Roland-Garros où il s’était rendu en quart de finale en 2016. C’est d’ailleurs Porte d’Auteuil qu’il s’était blessé l’an passé, ce qui lui avait valu de manquer Wimbledon et avait compliqué sa fin de saison pourtant bien entamée, malgré des finales aux Masters et en Coupe Davis. Cette année, il se fait discret mais monte en puissance petit à petit et pourrait bien surprendre du monde en terrassant le roi de la terre battue. Si Goffin a généralement du mal face aux gros – il n’a battu qu’un top 5 sur cette surface – il paraît progresser constamment et, à 27 ans, c’est l’occasion ou jamais de faire un exploit et se hisser enfin dans le haut du panier du tennis mondial. Le dixième joueur mondial ne sera pas forcément très surveillé ces prochains temps, l’occasion parfaite pour surgir de l’ombre.

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Grigor Dimitrov en terre inconquise

Si le Bulgare s’est récemment incliné face au numéro un mondial, en demi-finale à Monte-Carlo, il semble avoir les armes pour le renverser. Il ne l’a battu qu’une fois sur douze mais leurs face à face ont souvent été accroché. Sur terre, c’est une autre histoire mais Dimitrov a prouvé qu’il était en forme cette saison malgré un creux lors de la tournée américaine. Sur le Rocher puis à Barcelone, il s’est montré plutôt à l’aise sur une surface qui n’est pas vraiment sa spécialité, s’inclinant seulement face des Espagnols, friands de terre battue. Roland-Garros est d’ailleurs le seul Grand Chelem où il n’a jamais passé le troisième tour. Le vainqueur du dernier Masters vient de vivre sa meilleure saison à 26 ans, avec donc ce premier très grand titre à Londres, un Masters 1000 et une demi-finale épique à Melbourne justement face à Nadal. Ce dernier a donc des raisons de se méfier de Dimitrov, un adversaire de plus en plus redoutable. Un temps numéro trois mondial, il est redescendu à un cinquième rang qui en dit long sur son niveau de jeu et toute la menace qu’il peut représenter pour le roi incontesté de la terre battue.

Des candidats en Espagne

Ils sont six à côtoyer Rafael Nadal dans le top 50 mondial et s’avèrent dangereux sur terre battue. Ses compatriotes espagnols, de part leur maîtrise sur la surface et leur connaissance du numéro un mondial, postulent à l’exploit de faire tomber ce monstre de la terre battue. Il y a d’abord Pablo Carreno Busta, le discret numéro 11 mondial et demi-finaliste en titre à Flushing Meadows et plus récemment à Miami. Celui qui a participé à son premier Masters il y a peu (en remplaçant un Nadal blessé) n’est pas un expert de terre battue, mais sa demi-finale à Barcelone, après avoir notamment sorti Dimitrov, et son classement ont de quoi inquiéter Rafa. Nous retrouvons rapidement dans le classement Roberto Bautista Agut (14e), également plus à l’aise sur dur. Il y a déjà remporté deux titres cette année, à Auckland et à Dubaï.

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Quart de finaliste à Barcelone, il s’était incliné au premier tour de l’Open d’Australie, face au vétéran Fernando Verdasco. Lui est pour le coup un spécialiste de l’ocre – cinq de ses sept tournois remportés l’ont été sur cette surface – et s’est notamment hissé jusqu’en finale sur la terre battue carioca cette année en éliminant entre autres Thiem. Enfin, d’autres espagnols peuvent se montrer redoutables sur terre à l’image d’Albert Ramos-Vinolas, finaliste à Monte-Carlo l’an passé et toujours difficile à jouer sur terre battue. Ce n’est en tout cas pas un cliché de dire que le numéro un mondial devra se méfier de ses compatriotes sur terre battue.

Et aussi…

Deuxième du classement de la Race en 2018 juste derrière l’Espagnol, Juan Martin del Potro pourrait bien lui jouer des tours même s’il n’est pas autant à l’aise sur terre que sur dur. Vainqueur à Acapulco puis à Indian Wells de son premier Masters 1000, l’Argentin arrive enfin à enchaîner les tournois sans blessure ce qui pourrait encore le faire revenir plus haut et pourquoi pas battre le numéro un mondial. Son voisin uruguayen Pablo Cuevas est certes moins bien classé (47e), mais il a le mérite d’avoir déjà battu le maître de la terre battue sur sa surface dans un match marathon à Rio en 2016. Très à l’aise sur cette surface où il a glané ses six titres ATP, il peut tout à fait créer l’énorme surprise. Enfin, Marin Cilic, bourreau du Majorquain en quart de finale à Melbourne où il est arrivé jusqu’en finale, a également de quoi le bousculer, malgré des résultats sur terre battue sont moins fringants même si son dernier titre a été conquis sur l’ocre d’Istanbul, son premier sur cette surface. Enfin, d’autres noms tels que Kei Nishikori, balayé en finale à Monte-Carlo ou Novak Djokovic, dont on attend toujours son retour au très haut niveau, ou encore Stan Wawrinka, si tant est qu’il revienne rapidement au top, font partis de ceux qui ont un mince espoir – ce qui est déjà très honorable – de battre Rafael Nadal sur terre.

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