Une fin de saison sensationnelle de Caroline Garcia avec deux titres majeurs et une place de huitième joueuse mondiale ainsi qu’un baroud d’honneur fantastique de Julien Benneteau à Bercy éclaircissent une nouvelle saison terne du tennis français. 

Un début de saison timide

Caroline Garcia débutait l’année avec un statut de 24e joueuse mondiale et deux déceptions. Elle voit son Open d’Australie stoppé dès le troisième tour et ne passe le deuxième tour du tournoi de Doha, classé en Premier (équivalent féminin du Masters 1000) . La numéro deux française ne connaît guère plus de succès à Miami, Rome ou Madrid où elle ne gagne jamais plus de deux rencontres. Avant Roland-Garros, sa meilleure performance dans un tournoi reste un huitième de finale à Indian Wells. Mais sur l’ocre parisien, Garcia trouve enfin ses repères et après six participations, elle passe enfin deux tours. Mieux, elle se hisse jusqu’en quart après un duel tendu avec Alizé Cornet et fait trembler Pliskova, numéro deux mondiale (7-6 6-4). Au lendemain d’un Wimbledon assez correct et d’une élimination en huitièmes, la Française traversera une nouvelle période d’inconstance avec notamment un quart à Toronto, un premier tour à Cincinnati et un troisième tour à l’US Open. Au 25 septembre, elle pointait à une vingtième place qui témoignait d’une saison en dent de scie.

 Getty Images

De son côté, Julien Benneteau a connu une saison bien plus calme. Éliminé en qualifications de l’Open d’Australie, il consacre son début d’année aux petits tournois. Il joue en « division inférieure » où il dispute des Challengers et ses performances aux ATP 250 ne s’avèrent pas convaincantes. Ses participations au Masters 1000 de Miami (1er tour) ainsi qu’au quart de finale de Coupe Davis (défaite sans enjeu) ne resteront également qu’anecdotiques. En revanche, son premier tour à Roland-Garros aura été très encourageant face à Lucas Pouille qui a eu besoin de batailler près de 3h30 et cinq sets pour s’en sortir. Sur gazon, il aura vu les quarts de finale de ‘s-Hertogenbosch mais n’aura pas passé un tour à Wimbledon. Et sur le dernier Grand Chelem de l’année à Flushing Meadows, Benneteau ne fera toujours pas mieux malgré un set arraché à Goffin. Après un long passage sur les tournois de petits renoms, il s’apprêtait à achever tranquillement son avant-dernière saison. Mais avant cela, il lui restait une dernière aventure à vivre à Bercy.


La consécration pour Garcia, le début de l’épopée pour Benneteau

Caroline Garcia débarquait à Wuhan avec sans doute autre chose en tête que le titre, mais plutôt la course au Masters comme objectif. En guise de premier tour, elle affrontait la numéro un mondiale du début d’année, Angélique Kerber. Et sa victoire face à l’Allemande en trois sets aura été plus que bénéfique pour la suite de son tournoi. En effet, elle ne perdra plus la moindre manche jusqu’en finale, écartant entre autres la tête de série numéro 7, Dominika Cibulkova. La surprenante Ashleigh Barty, alors 47e mondiale, parviendra à l’accrocher deux manches et deux tie-breaks en finale avant de céder face à la Française (6-7 7-6 6-2). En remportant son deuxième titre consécutif en Premier à Pékin, Garcia a fait plus que soulever son plus beau trophée, elle a joué le meilleur tennis de sa carrière et battu plusieurs pointures. Cornet étrillée, c’est Svitolina (troisième joueuse mondiale), Kvitova et la future numéro un mondiale Halep (en deux sets) qui ont ensuite subi la foudre de la nouvelle numéro huit mondiale, injouable.

@ AFP Photo/Wang Zhao

Les organisateurs du Masters 1000 de Bercy avaient décidé d’accorder une invitation à Julien Benneteau, qui a annoncé qu’il ne reviendrai pas à l’Accor Hotel Arena l’an prochain pour sa dernière saison professionnelle. Le tirage ne l’a pas gâté puisqu’il a hérité d’entrée de Shapovalov, la nouvelle pépite du tennis canadien. Après l’avoir écarté en deux sets, Jo-Wilfried Tsonga se dressait sur sa route pour ce que beaucoup imaginait comme son dernier match dans l’enceinte parisienne. Et son début de match n’inspirait pas à penser le contraire. Jusqu’en fin de deuxième manche, « Benet » n’existait pas mais est parvenu à arracher un jeu décisif qu’il gagnera, avant de profiter des erreurs de son adversaire en troisième manche (2-6 7-6 6-2). Une fois de plus, il abordait son match face à Goffin (numéro 9) en tant qu’outsider mais la fatigue de fin de saison ayant pesé sur les joueurs de ce tournois aux mille surprises, tout était encore possible pour le 83e joueur mondial.


Des défaites avec les honneurs en demi-finale

Auréolée des deux derniers titres majeurs et dans la forme de sa vie, Caroline Garcia posait ses valises à Singapour pour son premier Masters en simple avec l’ambition de terminer sa saison en fanfare. Et comme à son habitude ses derniers temps, elle a mal commencé avant de rebondir pour s’offrir le droit de rêver. En effet, après sa débâcle face à Halep et mal embarquée dans son duel face à Svitolina, il fallait de l’imagination pour la voir sortir des poules. Dans la troisième et ultime manche, l’Ukrainienne servait pour le match à 5-3 mais la Française a de nouveau trouver le mental nécessaire pour remonter la pente, à savoir aligner quatre jeux de suite et garder de l’espoir de voir le dernier carré après 2h45 de combat. Il fallait à présent battre Wozniacki, déjà qualifiée, tout en espérant une défaite de la numéro un mondiale. Malgré un premier set qui a fait craindre le pire (0-6), Garcia n’a toujours pas paniquée et s’est finalement imposée au bout du suspense. Le miracle a ensuite eu lieu, Simona Halep a subi la malédiction des numéros une mondiale en 2017, s’inclinant en deux petits sets et sortant du Masters avant les demi-finales. Le rêve de Garcia a pris fin sur l’avant-dernière marche menant au titre face à Venus Williams. L’américaine de 37 ans s’est facilement relevée du premier set perdu au jeu décisif pour dérouler et s’offrir une nouvelle finale (6-7 6-2 6-3). La Française sortait du Masters la tête haute et avec beaucoup de certitudes pour 2018.

Sur sa lancée, Julien Benneteau a réalisé un deuxième exploit en deux jours, cette fois-ci en écrasant son adversaire. David Goffin n’a pu être que spectateur de la démonstration du Français qui s’est imposé aisément en une heure de jeu (6-3 6-3). Pour la suite, il avait rendez-vous avec Marin Cilic, un adversaire encore plus impressionnant. Sauf que Benneteau était sur un nuage et que ce n’est pas la tête de série numéro trois, du haut de ses 1,98m, qui aurait pu l’effrayer. Le grand serveur croate a buté sur le combatif de 35 ans qui l’a emmené au jeu décisif puis l’a distancé en toute fin de second set pour s’offrir un nouvel exploit majuscule (7-6 7-5). Il n’a ensuite rien pu faire face à Jack Sock, 22e joueur mondial et futur vainqueur de l’épreuve à l’occasion de sa deuxième demi-finale de Masters 1000 en carrière. Qu’importe, Julien Benneteau pouvait dire au revoir à Bercy avec une fierté inimaginable et après un parcours mémorable.

@ Christophe Archambault/AFP

Bien que très différentes, les saisons de deux Français se rejoignent en fin d’année avec un dernier mois historique et très encourageant pour Caroline Garcia et une dernière semaine improbable et gratifiante pour Julien Benneteau. Alors que le tennis français ne vit pas ses meilleures heures, ces parcours retentissants ne peuvent que redonner le sourire à quelques semaines d’une finale de Coupe Davis à la portée des tricolores, au point de réintégrer le vétéran en équipe de France ? Les deux joueurs auront en tout cas rapidement rebattu les cartes et chasser les mauvais esprits. Car Caroline Garcia aura finalement fait le bon choix en zappant la Fed Cup et le double pour se concentrer sur sa carrière en simple et a démenti l’idée du faible mental des Français en s’appuyant sur cette ressource pour signer plusieurs de ses exploits. Si 2018 sera la dernière danse de Benneteau, serait-ce l’année de Garcia pour concrétiser enfin ses voeux les plus fous à 24 ans (place de numéro un mondiale, victoire en Grand Chelem) ?

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