Dimanche, Peter Sagan a une nouvelle fois dominé la course en ligne des Championnats du Monde. À Bergen, il s’est emparé de son troisième maillot arc-en-ciel à l’issue d’une course qui a bien failli couronner Julian Alaphilippe.

Un profil pour puncheur

La course en ligne et ses 276 kilomètres de route à Bergen (dont onze boucles de 18 km) promettait d’être éprouvante et de sacrer celui qui serait le plus frais dans le final. Une petite côte « casse-pattes » (Salmon Hill) positionnée à mi-parcours et donc franchie à onze reprises venait rajouter un peu plus de piquant à ce parcours, qui présentait le risque d’une course maîtrisée et contrôlée par les équipes de favoris avant la bataille finale. Le double tenant du titre Peter Sagan était une nouvelle fois favori, au même titre que Matthews, Van Avermaet ou Kwiatkowski. Du côté français, on pouvait espérer un numéro de Julian Alaphilippe dans les rues norvégiennes, pour imiter son compatriote Cosnefoy, titré chez les Espoirs. Il avait en tout cas le profil parfait de puncheur pour s’imposer. C’est finalement un scénario plutôt classique qui a été proposé par le peloton, même si une arrivée au sprint aurait pu être évitée.

Le calme, la panique puis l’espoir tricolore

Le début de course était prévisible et une échappée de coureurs n’ayant rien à perdre a logiquement été formé dès les premières longueurs. Mais le peloton a facilement contrôlé l’écart qui est monté jusqu’à dix minutes et, sans avoir à forcer, a englouti progressivement les fuyards qui auront animé la course pendant près de 200 kilomètres. L’équipe des Pays-Bas a été la première à secouer le peloton à 90 km du but, ce qui a instantanément condamné l’échappée. Warren Barguil a ensuite été le premier Français à se montrer en sortant brièvement du peloton, dans un temps de course où nombreuses ont été les attaques de coureurs des grandes nations (Belgique, Pays-Bas, Italie, Espagne…).

Et après de multiples tentatives, un groupe de huit (sans Français) s’est enfin formé à l’initiative de Tim Wellens. Derrière, la France, la Pologne puis l’Allemagne ont été contraint à rouler pour progressivement revenir sur le groupe qui comptait une avance de 45 secondes à trois tours de l’arrivée. Tous ces efforts ont eu principalement pour conséquence de réduire le peloton et éliminer des équipiers (Calmejane, Gautier, Roux) à défaut de recoller à la tête de course. C’est à 25 km de la ligne d’arrivée que le regroupement a enfin eu lieu et qu’une troisième course a pu démarrer. Dans l’avant-dernière ascension du Salmon Hill, Tom Dumoulin, titré sur le contre-le-montre, avait attaqué pour emballer la course et commencer les hostilités. Les attaques se sont par la suite calmées avant la dernière montée.

Dans l’ultime côte du jour, Julian Alaphilippe a fait exploser le peloton et s’est envolé pour basculer en tête au sommet avec Moscon. Les deux semblaient avoir une avance suffisante pour jouer la gagne mais derrière, Kiryienka et Postelberger sont revenu à quelques mètres. Sauf que sur le petit secteur pavé, le Français a encore distancé tout le monde avec une facilité déconcertante ! Sans nouvelle d’Alaphilippe (la faute à un problème de caméras), alors qu’il filait droit vers le titre, tout le monde a été surpris de voir un grand groupe débouler à la flamme rouge. À peine le temps de comprendre qu’Alaphilippe a été repris et le sprint final était lancé… Et le double champion du monde en titre s’est encore imposé, une demi-roue devant le local Alexander Kristoff, alors qu’on ne l’avait pas vu de la journée.

Irrésistible, Peter Sagan entre dans la légende

L’homme arc-en-ciel se nomme bel et bien Peter Sagan. S’il brille tout au long de l’année (101 victoires professionnelles à 27 ans), le Slovaque a un petit faible pour les Mondiaux. Porter le maillot arc-en-ciel trois ans est déjà très rare (4 coureurs l’avaient fait) tout comme le porter deux ans de suite (seulement 5 hommes y sont parvenus) mais le faire trois années consécutives, voilà quelque chose d’inédit en 84 éditions.

Ce dimanche, il a réussi à se faire tout petit pendant plus de 250 km au coeur du peloton avec son maillot discret de la Slovaquie, enchaînant sans paniquer les difficultés. Il ne s’est montré qu’à l’aube du sprint final, où son seul adversaire de taille fut Kristoff, qu’il a devancé d’un souffle sur la ligne. S’il n’est pas le plus glorieux, ce titre confirme que Sagan semble intouchable quoi qu’il arrive. Petit à petit, le Slovaque marque de son empreinte l’histoire de son sport alors qu’il lui reste encore de belles années pour dominer le cyclisme mondial.

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