Ce sont des Championnats du Monde passionnants qui se sont achevés ce dimanche à Londres entre surprises de toutes parts, désillusions, sensations et des Français au top de leur forme. Petit récapitulatif de cette décade folle.

Bolt et Farah, un au revoir si amer 

Pas rassasié par son nouveau triplé olympique, Usain Bolt avait pour destination finale Londres pour finir sa carrière par le 100m et le relais dans un stade qui le réussit, notamment en 2012. Mais la parade s’est petit à petit transformée en cauchemar. Deuxième de sa demie du 100m, la Foudre semblait déjà en danger, du moins pas aussi à son aise que d’habitude. Et ce qui devait arriver arriva, Bolt a été battu sur 100m, ne terminant même qu’avec le bronze derrière la Américains Gatlin et Coleman. Si le Jamaïcain ne crachera pas sur une nouvelle médaille mondiale, il lui restait le relais pour finir sur un sacre. Mais pire que sur une défaite, Usain Bolt est sorti du stade olympique sur blessure et n’a pu rallier l’arrivée. Cette image inédite montre bien que cette légende du sport et bel et bien humaine.

Dans une autre émotion, le héros national, Mo Farah, a lui aussi quitté le monde de la piste sur une défaite. Le Britannique a ramené à la Grande-Bretagne une médaille d’argent avec un goût d’inachevé. En effet, il était invaincu sur le 5000 et le 10.000 depuis les Mondiaux 2011. Le décuple titré aux Championnats du Monde avait pourtant remporté l’or sur le 10.000m et s’était ouvert la voie vers un dernier doublé historique. Mais le travail d’équipe des Ethiopiens a finalement payé et Farah, mis en difficulté comme rarement, n’a jamais pu rattraper Edris. Ce dernier s’est empressé de chambrer le malheureux médaillé d’argent en reproduisant son fameux cœur. À l’arrivée, le champion britannique s’est écroulé, comme frappé par la foudre et semblait terriblement déçu de cette deuxième place. S’il quitte ainsi l’athlétisme sur piste, Mo Farah n’en a pas tout à fait terminé puisqu’à 34 ans, il va se focaliser entièrement sur la route et accessoirement sur le marathon.

Ciel Bleu sur Londres 

Trois titres et deux médailles de bronze, voilà un bilan plus que satisfaisant pour la France. Sans Gueï, Tamgho, Lamote, Bascou ou encore Martinot-Lagarde, l’équipe de France arrivait presque diminuée à Londres, avec un Jimmy Vicaut convalescent. Pourtant, ce dernier a terminé à une belle sixième place du 100m et d’autres athlètes non médaillés se sont distingués. Par exemple, sur 110m haies, spécialité française, Garfield Darien a touché du doigt une médaille, échouant pour deux centièmes. Même chose pour Mahiedine Mekhissi qui a terminé au pied du podium du 3000m steeple malgré une énorme dernière ligne droite dans une soirée où il fut éclipsé par le 800m. Car s’il faut retenir une image côté, ce sera le tour de magie réalisé par Pierre-Ambroise Bosse. Après s’être qualifié de justesse pour la finale du 800m, PAB a déjoué tous les pronostics qui le donnait perdant au vu de sa saison et a réussi l’impossible. En partant à 250m de la ligne, son risque s’est avéré payant puisqu’il n’a pas craqué dans la dernière ligne droite pour aller remporter le premier titre mondial du demi-fond français.

Dans le même temps, Renaud Lavillenie a décroché une médaille de bronze pour une fois pas décevante avec un saut à 5,89m car il n’arrivait pas non plus dans sa meilleure forme. Une quatrième place peut aussi être satisfaisante et Quentin Bigot peut en témoigner. Le lanceur de marteau revenait d’une suspension pour dopage et peut se féliciter de ses Mondiaux tout comme le relais féminin 4x400m qui, en entrant en finale avait déjà rempli son objectif. Terminer au pied du podium est donc tout de même une excellente performance.

Mais cette dernière journée a souri aux vétérans de l’équipe de France. Yoann Diniz, recordman du monde du 50 km marche a enfin obtenu son titre mondial et à 39 ans, compte décrocher le seul titre qui lui manque, en 2020 aux JO de Tokyo. Sa cadette d’un an, à savoir Mélina Robert-Michon, est aussi dans la forme de sa vie et s’est emparée du bronze au lancer du disque derrière l’intouchable Petkovic pour la seule médaille féminine française.

De la même génération que Bosse, Kévin Mayer représente aussi l’avenir de l’athlétisme tricolore mais il a lui décroché une médaille d’or plus attendu. Il a dominé de la tête et des épaules le décathlon et son titre ne semble être que le début d’une immense carrière. Derrière les Mondiaux de Paris en 2003, où le pays-hôte avait totalisé huit breloques, c’est la meilleure performance de l’équipe de France qui termine meilleure nation européenne et quatrième nation mondiale !

Les surprises étaient de mise 

Pour la première fois depuis 10 ans, un titre international du 200m n’allait pas être gagné par Usain Bolt. Le quadruple champion du monde de la spécialité ayant décidé de faire l’impasse sur le demi-tour de piste, la finale était ouverte. Wayde Van Nickerk ou Isaac Makwala étaient promis à un titre mais c’est finalement le Turque Ramil Guliyev qui a signé l’un des exploits de ces Mondiaux malgré un chrono moyen à ce niveau (20’09). Sur 400m haies, Karsten Warholm a lui aussi imité Bosse pour créer une nouvelle sensation et apporter un titre inattendu à la Norvège. L’Australie a également décroché sa seule médaille d’or sur une course d’obstacle même si c’est une demi-surprise. En effet, Sally Pearson est déjà confirmée au très haut niveau avec un titre en 2011 mais après deux ans de galère, on attendait plus les Américaines au sommet, en particulier la recordwoman du monde Harrison. Mais Pearson a ressuscité et créé une petite secousse sur la planète sprint avec ce sacre.

Enfin, un des événements majeurs a en partie éclipsé une performance remarquable. Pendant qu’Usain Bolt se blessait pour sa dernière course, le relais britannique s’imposait devant les Etats-Unis et le Japon, surprenant troisième. Depuis 2008, tous les titres, hommes et femmes confondus, avaient été partagés par la Jamaïque et les Etats-Unis. Cette médaille d’or est venu sauver l’athlétisme britannique même si les regards des téléspectateurs étaient tournés vers Bolt pendant cet exploit.

La fin de carrière tragique de sa superstar a comme un symbole emporté avec elle toute l’équipe de Jamaïque. Le bronze de l’Eclair sur 100m était déjà une déception, alors que dire des finales des 200m disputées sans Jamaïcain, ou encore des 400m sans médailles malgré cinq finalistes. Le 100m femmes n’a guère été plus joyeux pour le pays du sprint avec une cinquième place pour Thompson tout comme le 100m haies où les quatre Jamaïcaines ont été sorties en demi-finale. L’absence de Shelly-Ann Fraser-Pryce pour maternité explique aussi ce déclin brutal. C’est Omar McLeod qui a sauvé les meubles avec le titre sur 110m haies pour équipe qui aura terminé ses Mondiaux par une chute et un abandon sur 4x400m femmes, ainsi qu’un maigre butin de quatre médailles (un titre, trois en bronze).

Enfin, le duel Makwala – Van Nickerke sur 200m et 400m a beaucoup fait parler non pas pour les performances des deux athlètes mais pour de multiples rebondissements sur et en dehors des pistes. Le Botswanais Isaac Makwala faisait figure de challenger derrière Van Nickerke sur le 400m mais il lui a été interdit de courir la finale en raison de sa présence dans un hôtel touché par un virus. Malgré toutes ses protestations, il n’a pas pu s’aligner dans une finale maîtrisée d’une facilité déconcertante par le Sud-Africain. Toujours soit-disant contagieux, puisque aucun médecin ne l’a examiné, Makwala n’a pas non plus pu prendre le départ des séries du 200m, son deuxième objectif. Le meilleur performeur mondial de l’année a finalement été remis dans la course après les séries et s’est élancé seul pour tenter de se qualifier ! Ce fut chose faite et sa demi-finale quelques heures plus tard a aussi été une réussite. En finale, c’est impuissant qu’il a terminé cinquième de la course dans un chrono décevant de 20’44, sans doute émoussé par ses deux courses de la veille. Si l’imbroglio Makwala reste le point noir de ces Mondiaux, ceux-ci ne nous auront pas déçu avec des émotions et rebondissements permanents.

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