Très actif sur le marché des transferts, le football chinois a de quoi effrayer tant les moyens pour attirer les stars sont colossaux. Cet investissement massif est purement une stratégie marketing ou la Chine a réellement de quoi concurrencer l’Europe ? 

En Chine on dépense sans compter pour attirer la lumière

Didier Drogba et Nicolas Anelka ne seront restés pas plus d’une saison mais leur arrivée en Chine en 2012 avait sonné comme le début d’une ère, celle de la démesure et des transferts aux sommes improbables et vertigineuses. En réussissant depuis à enrôler Hulk, Oscar, Ezequiel Lavezzi, Ramires, Pato, Gervinho, Jackson Martinez, Carlos Tevez ou récemment Anthony Modeste, le tout en moins de trois ans, la Chine s’affirme comme un acteur majeur sur le marché des transferts et il n’est plus surprenant de voir des joueurs de haut niveau s’envoler pour la Chinese Super League. Le championnat est en pleine expansion d’un point de vue financier et, si la Premier League dépense et encaisse comme personne, la Chinese Super League se rapproche des autres géants européens.

Sans doute plus attirés par des salaires exorbitants, comme un Ezequiel Lavezzi payé 28 millions par an, que par le côté sportif, la plupart des recrues jouent encore au haut niveau avant de s’exiler vers l’argent facile et l’ombre médiatique. Hormis les Brésiliens Oscar, Alex Teixeira et Alexandre Pato, trois ex-espoirs mondiaux, la Chine n’a en revanche attiré que des stars de plus de 28 ans, donc déjà confirmées. Mais pas encore à bout de souffle, sauf peut-être Tevez qui a fui son Argentine adorée avec fracas et une pointe de mépris pour toucher 38 millions d’euros par an, soit plus de 100.000 euros par jour !

Une médiatisation en progression lente

Comment attirer des grands joueurs pour un championnat méconnu autrement que par des immenses sommes d’argent ? Si la politique chinoise est dans l’ère du temps et que le football est aujourd’hui une affaire de gros sous partout dans le monde, il n’est pas dit que cela suffise à un jour rassembler tous les meilleurs joueurs au monde et intéresser la terre entière à ce championnat encore exotique. Et cela ne peut pas excuser de tels salaires proposés, à la limite de l’imaginaire. Pour cela, la fédération chinoise contrôle davantage les transferts et salaires et va stopper petit à petit les transactions démesurées. Le mercato estival chinois est par exemple clos et cette politique semble avoir porté ses fruits, l’Europe s’est assez peu faite dépouiller de ses talents. Les joueurs les plus marquants qui ont rejoint la Chine cet été se nomment Adrian Ramos ou Anthony Modeste sachant que les plus gros coups ont été réalisé cet hiver, juste avant le début du championnat.

Le recrutement de stars apporte incontestablement un coup de projecteur sur ce championnat, même s’il reste délaissé et dénigré, jugé trop fabriqué. Il est vrai que le football chinois est récent et la passion n’est pas celle que l’on retrouve en Europe, où le football déchaîne les foules depuis plus d’un siècle. Mais en France, SFR Sport a acquis les droits de diffusion du championnat chinois, preuve qu’il est dans la bonne voie. Reste à savoir si d’un point de vue purement sportif, il mérite une médiatisation semblable aux championnats européens ou s’il sera regardé uniquement pour guetter les ex-stars.  En attendant, le niveau est évidemment perfectible et pour cela, la Chine mise aussi sur une politique de formation pour vendre une image à la fois glamour avec la présence de vedettes mais aussi culturelle avec des joueurs locaux performants.

La Chine mise aussi sur sa formation

La Chinese Super League s’appuyait auparavant sur le recrutement de joueurs performants et connus pour attirer l’attention et vendre des maillots, venus d’Europe principalement, il semble aujourd’hui que la formation a pris une place importante dans le football chinois. Avec la Coupe du Monde en point de mire, en tant que participant régulier et organisateur en 2030, la Chine compte désormais démocratiser ce sport, à travers un championnat mondialement médiatisé. Par exemple, le sextuple champion en titre Guangzhou Evergrande compte une très large majorité de joueurs chinois à côté de l’ex-star madrilène Jackson Martinez et de Brésiliens tels que Paulinho ou l’entraîneur emblématique Luis Felipe Scolari. En effet, le nouveau règlement de la ligue chinoise limite le nombre de joueurs étrangers à cinq par équipes et par match, dont seulement trois titulaires. Ceci favorise donc la formation et le recrutement de joueurs locaux. Mais les résultats tardent à venir et après 23 ans de professionnalisme, le football chinois a encore beaucoup de mal à s’exporter.

Une équipe nationale encore très limitée

Cette formation passe aussi par le développement de l’équipe nationale, en grande difficulté et qui n’a jamais obtenu de résultat marquant. Le plus grand pays d’Asie n’a participé qu’à une seule Coupe du Monde, en 2002, pour un triste bilan de trois défaites, neuf buts encaissés et aucun marqué. Et ce n’est pas la Coupe d’Asie qui va garnir davantage la vitrine chinoise avec deux finales disputées et perdues (1984 et 2004). Son classement FIFA n’a jamais dépassé la 37e place (1998) et stagne depuis quelques années aux alentours de la 80e place. L’équipe nationale n’est donc absolument pas en progression au contraire de son championnat qui avance au pas.

Il faudra en tout cas encore patienter pour voir la Chine au Mondial, d’ores et déjà éliminée de la course à la Russie pour 2018, la faute à des résultats encore inquiétants. Si elle se montre ambitieuse, la Chine est très loin de remporter une Coupe du Monde, un projet politique qui se heurte au niveau sportif de l’équipe, pas encore en mesure d’entrevoir une qualification. La Chine veut se hisser au top du football mondial d’ici 2050, cela laisse du temps et il en faudra encore beaucoup pour concurrencer les meilleurs championnats et battre les meilleures nations au monde…

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