Clairement pas annoncé comme favori, le XV de France est passé tout proche de faire chuter l’Angleterre à Twickenham en ouverture du Tournoi des VI Nations. S’ils peuvent nourrir beaucoup de frustration quant au scénario du match, les Bleus peuvent aussi se féliciter d’avoir sacrément bougé la deuxième nation mondiale.


Première période :
les Bleus bien dans le match

Les doutes légitimes qui pouvaient naître sur l’adversité proposée par les Bleus face à de tels adversaires, à domicile, ont rapidement été effacés le ton donné : l’équipe de France avait de quoi créer l’exploit. L’entame de match était à l’avantage du XV de France avec un beau mouvement dès la 3e minute, finalement concrétisé par une pénalité de Lopez (3-0). Mais une erreur défensive, les Anglais bénéficiaient d’une pénalité et égalisaient pour l’une de leur première incursion dans le camp bleu. Toujours pas dans le coup, le XV de la Rose était réduit à quatorze pour dix minutes suite au carton jaune de May pour un plaquage dangereux sur Picamoles. Camille Lopez passant la transformation (6-3), les Bleus devaient profiter de cette supériorité numérique pour matérialiser leur domination par un essai afin de prendre de l’avance à 15 contre 14, car on pouvait se douter que le mauvais départ anglais n’allait pas que provisoire. Après un bon quart d’heure de jeu, la France était toujours aussi bien appliquée et concentrée ce qui se traduisait par une possession de balle de 74%, mais l’avantage sur le tableau d’affichage était trop mince.

Toujours aussi maladroits, à l’image de ce lancé de touche incompréhensible qui a terminé sur une tête anglaise, les locaux ont encore encaissé une pénalité de Lopez, auteur d’un 3 sur 3 au pied (9-3) sur une action qui avait commencé par une des nombreuses percées d’un Louis Picamoles très en jambe. L’avantage au score était logique mais aurait dû être plus conséquent. À ce moment-là, un écart de six points n’était pas suffisant, il fallait marquer un essai. Mais sur une de ses rares incursions dans le camp français, l’Angleterre faisait encore mal par son efficacité. Une nouvelle pénalité qui passe, un retour à quinze contre quinze et Twickenham se réveillait. Ce ne fut toutefois que bref malgré plusieurs possessions intéressantes du XV de la Rose qui, lorsqu’il ne perdait pas le ballon bêtement, butait sur une défense bleue presque parfaite et se mettait à la faute ou reculait. Par exemple, le jeu au pied était beaucoup utilisé (33 fois contre 25 pour la France), mais parfois de façon parfois désespérée.

La patte Novès commençait à se faire sentir, avec un jeu désormais basé sur la multiplication de passes courtes, de combinaisons, notamment par les fusées Vakatawa et Nakaitaci,  pour ainsi créer du mouvement permanent. Peu avant la pause, les Bleus avaient l’occasion de reprendre une avance de six points, mais Lopez, plein axe, manquait de peu sa tentative, pourtant abordable. À l’issue d’une ultime mêlée avant la mi-temps, des regrets pouvaient déjà trotter dans les têtes françaises. L’arbitre a sifflé faute dans l’un des rares secteurs de jeu décevants du XV de France en faveur d’Anglais pas forcément meilleurs dans le domaine, à un peu moins de 50 mètres des poteaux. Ce n’est pas Farell mais Daly qui a pris ses responsabilités pour mettre un gros coup de botte et remettre les équipes à égalité. Les joueurs rejoignaient les vestiaires dans la foulée, après une vive accélération de Speeding et une action achevée par un énième ballon perdu dans le camp adverse. Supérieurs dans le jeu, les Bleus ont comme souvent manqué d’efficacité et ont payé leurs erreurs cash qui ont profité comme souvent à l’Angleterre, très bien payé avec ce simple 9-9.

Deuxième période :
l’Angleterre se réveille

À la pause, le sélectionneur Guy Novès semblait énervé et il y avait de quoi, tant ses joueurs ont eu des possibilités. Le second acte commençait tout de même comme le précédent s’était achevé, par une pénalité anglaise « grâce » aux manquements de la mêlée française, mais cette fois Farell trouvait le poteau alors que la faute semblait bien placée. Vakatawa, encore lui, a récupéré puis remonté une grande partie du terrain (avant de rendre le ballon sur un coup de pied, faute de solutions), symbole de la détermination et de l’espoir que pouvaient avoir les Français et qu’ils ne perdront jamais dans ce Crunch. Mais une fois de plus, la ligne des cinq mètres était bien protégée par l’arrière-garde anglaise sur une occasion initiée encore et toujours par Louis Picamoles, presque à domicile ce samedi (il évolue à Northampton). Le XV de la Rose rentrait alors dans son match, aux alentours de la 45e minute, par une vague d’approches offensives, à commencer par un sauvetage de Serin dans son en-but, puis par Nakaitaci à un mètre qui poussait son vis à vis en touche in extremis, suite à un splendide mouvement, feinte de passe, décalage et course…

Désormais, la pression avait changé de camp et se sont les Anglais qui occupaient le camp tricolores, butant encore sur une défense de fer qui commençait à plier. Alors la première ligne a été changé, Chiocci et Slimani faisaient leur apparition, ce qui s’est immédiatement traduit par une mêlée dangereuse enfin gagnée. Sans surprise, les locaux ont fini par prendre l’avantage à la 54e (12-9), mais toujours sans essai à la clé. Étouffés en défense et harcelés, les Bleus ont tenu bon tant bien que mal jusqu’à leur deuxième visite de la période dans les 22 mètres adverses, grâce au départ à une pénalité anodine jouée rapidement. Quelques instants plus tard, voilà Rabah Slimani qui marquait son troisième essai en Bleu, venant conclure un travail collectif remarquable !

Sans soucis, Lopez transformait pour porter le score à 16 à 12. Cette fois-ci réaliste, le XV de France devait encore tenir vingt minutes, une éternité… La muraille française tenait bon mais les assauts anglais ont eu finalement raison des visiteurs, qui ont eu la possibilité de prendre le large mais les coups de pieds par deux fois ont été des mauvais choix. Te’o est ensuite venu planté un essai devenu inévitable, sur une action entrevue tout le match, permettant aux siens de repasser devant à dix minutes du terme. Le marqueur anglais venait d’ailleurs de faire son entrée en jeu lors d’une série de changements qui ont été décisifs. Avec trois points de retard, les Bleus auraient simplement pu chercher à obtenir le match nul mais ils avaient la volonté et la capacité de ramener une victoire de Twickenham avec l’apport de joueurs frais pour ces derniers instants. Mais devant au score, ce fut maintenant plus simple pour les Anglais qui étaient toujours à l’attaque et à présent tranchant en mêlée, avec la volonté d’encore faire mal et tuer le match. Et puis, la France a eu cette dernière opportunité, cette balle de match…

Au milieu de terrain, les Bleus récupèrent une précieuse pénalité alors qu’il reste trente secondes à jouer. Doussain se précipite pour la taper en touche mais choisi une longue diagonale, plutôt que d’assurer une petite touche ! Le ballon reste dans les limites du terrain, une incroyable erreur de débutant,  et même s’il est rapidement rendu, l’occasion est passée et la France s’incline alors d’un souffle (19-16). Le point de bonus défensif, le premier de l’histoire pour la France car instauré cette année, n’est qu’une maigre consolation qui ne cachera pas l’immense déception.


Le XV de France n’a dans l’ensemble pas à rougir de sa prestation, loin de là, mais il a encore manqué de réalisme et de justesse dans le dernier geste, comme ce fut déjà le cas en novembre lors des tests -match face à l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Là aussi, les Bleus avaient été plutôt bons et s’étaient fait devancé à chaque fois d’un rien (respectivement 25-23 et 24-19) contre les meilleures nations au monde. Mais à l’image d’un immense Picamoles, élu Talent d’Or, d’un Serin très convaincant pour sa première dans un Tournoi ou tout simplement d’un collectif soudé et limpide malgré les nombreuses absences, la France a des arguments à faire valoir et se rapproche du top mondial.

Il ne faut aussi pas oublié que l’Angleterre vient d’aligner une quinzième victoire de rang (un record) et que peu d’équipes sont parvenues à l’inquiéter autant dans son jardin. Au-delà d’un certain espoir, c’est le regret de n’avoir toujours pas battu l’ennemi anglais depuis douze ans à Twickenham qui doit traîner dans les esprits français. En tout cas, le Tournoi des VI Nations est bel et bien lancé pour le XV tricolore qui peut donc être ambitieux cette année, serait-ce alors le début de l’effet Novès ?

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