Découvrez la suite de l’entretien avec Marie Dorin-Habert, double championne du monde de biathlon. Dans cette deuxième et dernière partie, elle affiche ses ambitions pour les quatre mois de compétition à venir et fait un premier bilan global de sa carrière en retraçant les faits marquants.

La première partie : https://resultats-sportifs.net/2015/11/11/interview-avec-marie-dorin-habert-partie-1/

Quels seront les objectifs sur l’ensemble de la saison qui arrive ?

J’aimerais bien être devant au classement général, pas forcément jouer le maillot jaune (de leader du classement) car je ne m’en sens pas encore capable. Mais j’essayerais de gagner des épreuves de Coupe du Monde de temps en temps, d’être assez régulière surtout au niveau du tir parce que mon niveau a baissé l’an dernier. Donc là je travaille sur cela pour essayer, à l’image de Martin Fourcade, d’être performante quelles que soient les conditions de tir et quelle que soit la position pendant la course. Au niveau physique, je dois progresser sur tout : la vitesse des déplacements, être plus rapide…

Comment vous sentez-vous physiquement et mentalement avant d’aborder la saison ?

Je me sens plutôt bien. Je suis très sereine puisque mes projets futurs se mettent en place, la petite va bien, j’ai trouvé un bon équilibre de vie même si je fais beaucoup de choses en même temps et que je n’ai pas toujours le temps de tout faire. Je suis très soutenue par le reste de la famille, je me considère comme très chanceuse de continuer ce sport à haut niveau. La vie est belle, tout va bien !

Projetons-nous maintenant vers le futur. Pensez-vous déjà aux Jeux Olympiques 2018 après ceux de 2014 où vous n’étiez pas à 100% ?

Si les résultats continuent d’être bon, oui, j’aimerais aller jusqu’en 2018 à Pyeongchang pour peut-être terminer ma carrière là-bas. Pour également vivre une troisième olympiade, événement sportif qui est très prenant et très bon à vivre. Après si les résultats ne sont plus là d’ici les prochains Jeux, je ne suis pas sûre de poursuivre jusqu’en 2018, mais au jour d’aujourd’hui, ça reste mon objectif.

Quels sont vos projets professionnels après votre carrière ? 

Je fais des études dans le milieu de l’environnement. Je termine un Master 2 en biologie de l’environnement, j’essaye de me former au milieu de la nature en attendant d’espérer pouvoir travailler sur l’environnement du Vercors. Ce serait super si je pouvais trouver un emploi dans ce domaine. Après, je ne sais pas trop ce qui va s’ouvrir à moi, il faut que je sois sélectionné pour ce poste. Ce sera un nouveau challenge. Je n’ai que 29 ans mais je ne suis pas à l’abri d’une blessure qui me ferait arrêter définitivement le biathlon. C’est pour ça qu’il faut en profiter parce que cela peu très vite se terminer.

Vos meilleurs souvenirs : au niveau sportif, les Jeux Olympiques de Vancouver, même en terme d’ambiance et de déplacement. J’aime aussi beaucoup toutes les Coupes du Monde aux Etats-Unis. On a la chance cette année d’avoir une tournée là-bas. J’ai aussi de superbes souvenirs en stage d’été, de vies de groupe même si ceux-ci ont beaucoup changés. Je suis avec un petit groupe pendant quasiment la moitié de l’année.

Vos pires souvenirs : ce sont les années juniors. La dernière année, en 2005, j’étais vraiment dans le dur physiquement. J’étais tout le temps fatiguée, je dormais très mal, il y avait des résultats horribles, j’étais virée des groupes, non-sélectionnée pour les relais. Ces années m’ont beaucoup servi pour la suite parce que j’ai su rebondir. C’est bien d’avoir vécu ces années-là. C’était deux années un peu pourries où j’ai été déçue du niveau, confrontée à l’échec, à la souffrance physique.

Vos plus grands regrets :  Je me souviens maintenant d’une quatrième place aux Mondiaux de 2012 où je rate le podium sur l’individuel. J’ai été un peu déçue, Marie-Laure Brunet termine en plus à la deuxième place. J’aurai aimé être sur le podium avec elle. Il y a aussi le relais par équipes à Vancouver où je me rate complètement ce qui coûte l’or à la France. Pareil en 2013 aux Mondiaux, alors que je n’étais pas bonne cette année-là, je me suis effondrée au tir debout.

S’il fallait garder qu’une seule médaille, laquelle serait-elle ?

Ça serait quand même la médaille de bronze des Jeux, en 2010 (sur le sprint 7,5 km). C’était tellement inattendu et l’ambiance était superbe à Vancouver entre les athlètes. Peut-être que c’était la découverte pour moi, mais j’ai quand même fait un super résultat. J’aime bien aller en compétition aux Etats-Unis ou au Canada et du coup, c’est un des plus beaux souvenir sportif. Cette année, c’était très beau aussi mais c’était pas pareil. Je ne m’attendais pas à gagner mais avec le niveau que j’avais, je pouvais sortir mon épingle du jeu. A Vancouver, j’ai vraiment eu un coup de chance, toutes les conditions étaient réunis le jour J.

Quelle est votre plus bel hiver en carrière ?

En terme de régularité, c’est la saison d’avant les JO de Sotchi (2012-2013). C’était une belle saison où j’ai raté mes championnats du monde mais en terme de niveau sportif, j’étais régulière, c’était ma plus belle saison avec le niveau de ski et de tir.

Pensez-vous que le biathlon devrait être plus médiatisé ?

Je pense qu’il faut que cela reste un « petit sport ». Il est plus médiatisé en ce moment parce qu’il y a Martin Fourcade qui fait beaucoup de bien à la discipline, que pendant les Jeux on en parle car il y a des médailles olympiques à la clé. Au biathlon, un athlète peut gagner plusieurs médailles, ce qui n’est pas le cas de la plupart des sports. C’est une grande chance pour la discipline. On en parle aussi parce qu’il y a des championnats du monde tous les ans. On en parle mais cela n’a rien avoir avec d’autres sports médiatisés. En France les sports d’hiver ne sont pas très médiatisés. On n’est quand même pas à plaindre, il y a des médias réguliers qui nous suivent. Cela reste un milieu qui est assez restreint et convivial, c’est une des forces de notre discipline. Après, Martin est très sollicité mais il n’y en a qu’un dans le monde comme ça.

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